Mes vacances à Bagnères de Bigorre

Mon grand-père et parrain Anselme Cobo était né le 16/11/1875, et moi le 16/11/1925 (50 ans après) . Le premier samedi des vacances, je partais à Bagnères dans la voiture d’un marchand de bérets, qui me faisait une petite place parmi ses paquets, et il me ramenait à Nay le dernier samedi, habillé, chaussé, équipé pour toute l’année.

Je me souviens de cet âne docile qui levait une patte de devant puis l’autre en remuant la queue pour dire bonjour, chaque fois que, j’ouvrais la porte de l’écurie.
L’âne avec ses habits toujours propres, les sabots cirés, le chapeau à moustiquaire était une curiosité : à sa vue, un jeune espagnol s’était mis à crier « Un burro con pantalones ! Un burro … »

AneBagneres

 

En 1936 l’âne a été remplacé par une Citroën transformée en voiture à glace. A 8 heures on livrait plusieurs pains de glace de 1mx20x20 qu’il fallait casser en petits morceaux. Les congélateurs étaient encore inconnus.

Venant de la campagne le lait était porté par des ânes, avec sur les flancs des rangées de poches contenant les bouteilles de lait. Mon grand-père employait de 25 à 35 litres de lait qu’il faisait bouillir dans un grand chaudron de cuivre au feu de cheminée, il n’y avait pas de gazinière. La crème était refroidie dans un lavoir ou l’eau coulait toujours, sans compteur.

Partout dans la ville l’eau coulait abondamment dans les rigoles, notre jeux préférés, au moment du Tour de France, était de faire flotter 10 petites planchettes de 6x2cm, où, sur chacune était écrit le nom d’un coureur de l’Equipe nationale, un motif nous faisait plusieurs fois recommencer l’étape !

Pour les curistes et les vacanciers il y avait toujours quelque part une fête ou distraction. Au Théâtre de la Nature du Vallon de Salut, le 15 aout la Bataille des Fleurs, des concours, des concerts etc…
Mon meilleur souvenir est pour les Chanteurs Montagnards, lorsqu’ils venaient chanter au kiosque des lacets des Thermes. Je trouvais toujours une bonne place pour les voir arriver deux par deux vêtus de la grande cape, la large ceinture rouge, les grosses chaussettes blanches et le grand béret à pompons. Ils se plaçaient en rond dans le kiosque les pouces aux emmanchures du gilet .Dans le noir seul le kiosque restait allumé, sans micro et sans haut-parleur on entendait des voix puissantes et harmonieuses chanter « Bagnères, Bagnères, séjour de paix et de bonheur … » Chanter en solo avec des voix hautes ou graves, en chœur, avec des castagnettes et un final qui me donnait le frisson « Halte-là, halte-là, halte-là les Montagnards les Montagnards, les Montagnards sont là ! »

Mes vacances à Bagnères se sont terminées le samedi 1er septembre 1939 lorsque j’ai vu, collée, place de Strasbourg , l’affiche de la mobilisation général de la guerre 39-45

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