Mariage à Méracq

Quand un mariage se décidait, les familles organisaient la cérémonie et ses festivités.

Un mois avant la date, c’étaient les « embitadous » : deux jeunes (apparentés ou voisins) allaient inviter la parenté, les voisins et les amis aux festivités. Ils commençaient par la maison du futur marié, puis celle de la jeune fille. On leur confiait un bâton souvent en bambou qui leur servait de canne. A chaque maison invitée on attachait un ruban de couleur différente parfois une vielle cravate. Dans chaque maison, ils étaient invités à manger et à boire. Quand le parcours des commissionnaires était terminé, les bâtons étaient remplis de rubans qui volaient à tout vent.
Le jour du mariage ces bâtons étaient attachés à un grand drap blanc qui était tendu au mur derrière la table des mariés, parmi des feuilles de laurier découpées dont les lettres formaient : « honneur aux mariés », leurs initiales et un cœur le tout flanqué des cannes à rubans et de quelques fleurs piquées en bordure du drap.

Quelques jours avant le mariage, les voisins de la maison où devait avoir lieu le grand repas, préparaient les abords et la grange qui servait de salle à manger. Les banquets de mariage réunissaient parfois plus de deux cents convives. Il fallait donc enlever les toiles d’araignées, parfois blanchir les murs, niveler le sol sur lequel on dressait les tables. Ce travail était fait dans la bonne humeur, l’amitié, la convivialité. On tuait un veau, produit de l’exploitation. Un plat de veau figurait au menu du grand repas.

Dans la semaine précédant le grand jour, avait lieu le : « porte lit ». La famille de la mariée amenait au futur domicile des mariées : les meubles, lit, armoire ainsi que le trousseau de la jeune fille, bien disposé et bien rangé dans l’armoire qui devait rester ouverte lors de la visite de la chambre par les invités qui se rendaient compte, de visu que, que le trousseau était complet …
Lors de cette visite on comptait aussi les cadeaux offerts au couple.
Cadeaux qui venaient en surplus du présent consistant à porter des victuailles. Ainsi les aïeules des maisons invitées apportaient soit des volailles, des œufs, des légumes, soit des bouteilles de vin censées participer au frais du repas.

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La veille de la cérémonie était dressé sur le portail d’entrée de la cour de la maison un arc de triomphe : des piliers étaient décorés, habillés de verdure et de fleurs, au dessus du passage des bambous, piqués au sol dont le feuillage se rejoignait en hauteur. Une couronne de fleur y était suspendue. L’église était décorée et fleurie.
Avant la messe à l’église avait lieu à la mairie le mariage civil. Après les lectures officielles du maire, quand les mariés répondaient « oui » à leur engagement, des coups de fusils tirés dehors retentissaient (tradition méracquoise : pour laisser le doute du « oui » ou du « non »)

Sur le chemin entre la mairie et l’église, des enfants disposaient des couronnes fleurs et de verdure (on appelait cela faire la « ségué ») dans lesquelles les personnes du cortège lançaient des pièces de monnaie réjouissant ainsi les enfants.

Tout le monde se rendait en cortège à l’église et y prenait place. Le marié s’avançait jusqu’au chœur aux bras de sa mère, et en dernier, rentrait la jeune fille dans sa robe blanche, entourée de voiles et dont la traîne était tenue par des jeunes enfants. Elle était accompagnée de son père qui lui donnait le bras.
La cérémonie avait lieu tout en émotion et en jolis chants.

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Les mariés étaient les derniers à sortir de l’église, un haie humaine les attendait, leur jetant, des confettis, grain de blé en les applaudissant. Tout le monde les félicitait, leur présentant leurs meilleurs vœux. Puis on se dirigeait vers les gradins pour une photo de groupe.

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L’apéritif était servi au café. Les jeunes s’avançaient en tenant au bras leur cavalière qui avait été « attribuée » avant la messe au cours d’un appel fait par un proche des mariés. Le choix n’avait rien d’anodin, car des rencontres avec avenir dépendaient souvent de ce jour là.
Plus tard, après le tirage des photos, les garçons étaient tenus d’offrir et d’apporter ce souvenir au domicile de leur compagne du jour.

Ensuite avait lieu le repas joyeux, copieux et bien arrosé, car un voisin était commis à cette tâche : la boisson. Il ne devait pas laisser les tables sans vin, dés qu’une bouteille était vide les jeunes chantaient : « où est, où est la bouteille ? » L’échanson se précipitait, par conscience, à en porter une autre pleine.
Vers la fin du repas, l’ambiance allait grandissant : on chantait, quelques joyeux drilles racontaient des histoire. L’ami Raymond, lui, poussait sa chanson préférée : « c’est dans mon vieux faubourg »… Tout le monde reprenait en chœur. Puis trois ou quatre musiciens se mettaient à jouer. Les jeunes mariés ouvraient le bal, bientôt suivis par tous les danseurs.

Dans les environs de 21H-22H, le bal s’arrêtait pour le souper, moins copieux par rapport au banquet du midi, car le bal reprenait jusqu’à l’épuisement des invités.
On surveillait attentivement le départ des mariés : il fallait absolument leur faire le « roste » : cela consistait à perturber leur nuit de noces…
Le lieu de la nuit de noces était soigneusement caché, pour être enfin seuls.
Mais leurs amis ne l’entendaient pas ainsi. Quelques espions, les surveillaient dévoilant ainsi leur secret. La meute s’y rendait, occupait la chambre sous prétexte de leur apporter quelques boissons, du café et du lait qu’on servait dans un pot de chambre et ainsi trivialement perturber leur intimité.
On raconte qu’une fois à l’étage, les trublions étaient si nombreux que la poutre s’est fendue à leur intrusion…
Après leur départ les jeunes mariés profitaient enfin de leur nuit de noces !!!

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