Ma plus longue nuit avec comme seule compagnie : une grenade !

Le premier combat terminé je pouvais dormir, depuis 3 jours nous en avons très peu eu l’occasion. 

Les chars sont parqués dans un terrain vague à droite de la route, plus loin je vois des ambulances. La nuit va tomber, je suis le plus jeune de l’escadron, le Lieutenant Roussel me désigne pour monter la première garde : il me conduit à un trou individuel sur la route nationale de la Farlède à Toulon, il y a des trous individuels, faits pas les Allemands sur le côté droit de la route, espacés d’une vingtaine de mètres. Je ne me souviens plus s’il y avait le premier soir, un mot de passe pour la garde, j’ai pour consigne s’il y a quelque chose, de lancer une grenade pour alerter, (la nuit on ne voit pas d’où la grenade est lancée). Je reste seul sur cette route qui monte légèrement, et tourne vers la droite, ne voyant pas bien devant moi, je quitte mon trou et j’avance au trou suivant, et un autre trou encore d’où je vois mieux les incendies et quelques explosions au loin.

La nuit se fait plus obscure, sans lune, une nuit très noire.

Le temps passe, tout se calme, je pense que le Lieutenant m’a oublié et qu’il s’est endormi, je n’entends plus rien aux alentours, ni plus loin, je n’ai aucune notion de l’heure mais je m’inquiète pas. Après un grand temps indéfinissable dans cette nuit d’encre, seul dans mon trou, j’ai entendu un bruit venant du fossé à gauche de la route. Ce bruit se rapproche, j’entends murmurer mais je ne comprends pas ce qu’on dit : je pense que c’est une patrouille Allemande. Quand elle arrive presque à ma hauteur, je prends une grenade, la dégoupille, et je vais la lancer quand j’entends une voix plus haute appeler un chien en français. Je me souviens plus du nom du chien, mais c’était un nom français. Le chien a dû me sentir. LA patrouille avec le chien regagne nos lignes, je ne dis rien et je reste seul avec une grenade dégoupillée à la main droite ; où est donc passée la goupille ?

grenade2
Il fait si noir qu’on ne voit pas à quelques centimètres, à genoux, à tâtons, avec la main gauche, je cherche dans le trou et tout autour, mais je ne trouve pas la sacrée goupille. Tout est silencieux aux alentours, il n’est pas question de lancer la grenade pour une fausse alarme. A partir de ce moment, ignorant l’heure, sans pouvoir rien faire, que de penser à ne pas s’endormir pour ne pas se réveiller au ciel, le temps m’a paru une éternité !
Enfin la longue nuit se termine, l’aube paraît, j’entends des bruits de moteur loin derrière moi. Je quitte mon trou pour rejoindre les TD qui sont déjà sur la route.

Le lieutenant Roussel sourit quand il me voit revenir : « où étais-tu passé cette nuit ? »
Quand je lui dis que j’ai avancé de deux trous sur la route, il me dit avec son ton rude qu’il prend quand il commande : « Quand je te mettrai quelque part, tu t’y feras tuer, mais je te défends de changer de place ». J’ai su qu’il n’avait pas dormi de la nuit, quand il ne m’a pas trouvé dans le trou où il m’avait mis, il a pensé qu’une patrouille allemande m’avait kidnappé. Je lui donne la grenade dégoupillée que j’ai toujours dans la main, il fait rentrer ceux qui sont sur les chars, il lance la grenade loin devant lui dans le maquis en s’abritant derrière le premier TD. Je rejoins mon char, je n’ai pas sommeil. Dans la matinée au combat de la Valette, j’obtenais ma première citation.

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