Les princes russes

Dans les années 20, Biarritz et la côte basque ont attiré nombre de russes blancs fuyant la révolution bolchevik ; ils arrivaient, la plupart fauchés comme les blés. Certains avaient réussi à passer des bijoux, cousus dans les doublures des crinolines. Dans la famille de mon père, il y en avait qui étaient cousins germains du Tsar, et d’ailleurs une cousine russe de mon père avait été appelé à témoigner dans le procès contre celle qui voulait se faire passer pour Anastasia.

Comme ils n’avaient plus un sou, cette cousine venait toujours passer ses vacances chez nous. Et c’était d’ailleurs un problème car ils mangeaient tout et vivaient sur un pied de prince, et pour nous ce n’était pas facile, nous n’avions qu’une modeste blanchisserie !… Je me souviens que je la trouvais laide comme tout, rousse avec des tresses ; elle descendait la place d’Ascain avec sa mini-jupe et sa raquette de tennis et quand elle croisait quelqu’un elle hurlait « Hello, how are you ? » sachant bien qu’ici personne ne comprenait le russe ! C’était quelqu’un cette princesse Volkonski ! C’était d’ailleurs Peter Volkonski, qui avait fait construire l’église orthodoxe de Biarritz.

Nous avons eu aussi le prince impérial Fiodor Alexandrovitch, neveu du Tsar. Il avait la tuberculose et  a passé ses dernières années à Ascain. Sa sœur avait épousé le prince Felix Ioussoupov qui vivait également à Ascain.

Irina and Felix Ioussoupov

Le prince Ioussoupov, assassin de Raspoutine, faisait partie des gens que l’on était fier de recevoir dans les salons. Un jour, une de mes cousines prévient ses amis : « j’ai invité le prince Ioussoupov, c’est l’assassin de Raspoutine, mais il ne faut surtout pas en parler, l’affaire est enterrée. Surtout ne dites rien, recevez-le bien, mais pas un mot sur Raspoutine ! » Quand le prince arriva, ma cousine annonça : « mes amis, je vous présente le prince Raspoutov ! »

Felix Yusupov

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