Un Parisien, conseiller général socialiste Béarnais !

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J’ai été élu conseiller général de Pau Est en 1976. Les socialistes, sous l’impulsion d’André LABARRERE,  avaient été élus à la Mairie de Pau en 1971 et les élections cantonales de 1976 ont confirmé leur implantation dans le Béarn.

Mon concurrent principal était Pierre SALLENAVE, sénateur, conseiller général sortant et fils de l’ancien maire. Tout le monde le voyait gagnant. Son canton avait été redécoupé et il avait choisi le nouveau canton de PAU EST composé des communes d’IDRON, LEE,  OUSSE, NOUSTY et ARTIGUELOUTAN et les nouveaux quartiers de PAU situés au nord du Boulevard Tourasse.  Bien qu’originaire de Paris, j’y habitais depuis déjà 13 ans, la population était jeune et j’avais confiance. Nous avons fait une excellente campagne et j’ai gagné d’une centaine de voix. Mais les socialistes restaient minoritaires au sein du nouveau Conseil Général, nous étions une douzaine sur quarante et les leaders socialistes étaient André LABARRERE, Henri PRAT et Georges LABAZEE.

LA VIE DU CONSEIL GÉNÉRAL

Le nouveau Président du Conseil général était Franz DUBOSQ et, à cette époque, le Préfet préparait les travaux du conseil et en exécutait les décisions. J’ai conservé de l’estime pour les Préfets qui se sont succédés, ce n’est pas un métier facile. Les conseillers se répartissaient en commissions (équipement, social, éducation, économique). J’étais membre de la commission économique. Chaque conseiller se chargeait de quelques dossiers préparés par la préfecture, les étudiait, les présentait à la commission puis à la commission des finances. Il présentait ensuite le dossier au Conseil en indiquant les votes des commissions.

Je conserve un souvenir ému de deux membres de ma commission. Son président Mr Henri SIBOR était un vieil homme charmant. En tant que suppléant d’un sénateur décédé, il avait siégé quelques années au Sénat. Il en gardait un excellent souvenir, tout le monde était gentil et il me disait « Voyez vous, Mr Bednarick, ce qui est bien au Sénat, c’est qu’on ne fait pas de politique ! ». Et puis, siégeait à ma gauche mon camarade Jean ABADDIE, Conseiller Général du Boucau et le seul Conseiller Général communiste du département. Tous les deux, nous n’étions pas toujours d’accord avec Mr SIBOR mais nous avons toujours été très aimables avec lui et il a dû penser que nous non plus nous ne faisions pas de politique !

A l’exception de quelques uns très désagréables, la plupart des conseillers généraux de droite étaient des braves gens. Il nous arrivait souvent dans les réunions de commission d’arriver à des compromis satisfaisants mais en séance plénière les députés et sénateurs, qui retenus à Paris n’avaient pas participé au travail des commissions, faisaient voler en éclats nos compromis pour des raisons politiques fallacieuses.

L’EMPLOI

Le problème principal, déjà à l’époque, était celui de l’emploi. J’étais ingénieur à LACQ et j’avais écrit, je ne sais plus par quel intermédiaire, un article dans le journal « LA CROIX » demandant à ELF de contribuer à la création d’emplois dans le Béarn. Le jour de mon arrivée au conseil, je voyais que beaucoup de conseillers avaient mon article et s’étonnaient qu’un socialiste écrive dans La Croix ! Les conseillers généraux pouvaient rédiger des motions qui étaient en fin de séance soumises au vote de l’assemblée. J’avais donc, en accord avec les groupe socialiste, rédigé une motion demandant l’implication de ELF dans la création d’emplois (ce que cette société a fait mais de façon insuffisante). Bien que ce soit ma première séance au Conseil, je suis allé voir la secrétaire qui regroupait les motions et je me suis aperçu que la mienne avait disparu ! Volonté de ne pas mécontenter ELF de la part des services du Préfet ou de la Présidence ? Je ne sais pas mais j’en avais des doubles et ma motion a été votée.

J’enviais les conseillers généraux retraités qui pouvaient se consacrer uniquement à leur mandat. Je poursuivais mon travail d’ingénieur de recherche à LACQ, j’étais adjoint au maire PAU  et Conseiller Général, ce qui représentait beaucoup de travail. Dans mon activité professionnelle, je travaillais sur les matières plastiques et les matériaux composites et j’avais attiré l’attention de ma hiérarchie sur la nécessité pour l’industrie aéronautique européenne qu’il y ait en Europe un fabricant de fibres de carbone. C’est ainsi que ELF en association avec PECHINEY et le japonais TORAY, a décidé de créer la SOFICAR  avec quelques centaines d’emplois à proximité de Mourenx.  Le jour de l’inauguration par le Premier Ministre et les Présidents de trois sociétés, les syndicats ont organisé une grande manifestation autour de nouvelle usine !

CONCLUSION

Il n’est pas question ici, de traiter de l’ensemble des activités du Conseil Général. Il fait beaucoup dans le domaine social, l’amélioration du réseau routier et pour les équipements scolaires mais ses moyens financiers sont trop limités pour répondre à l’ensemble des besoins du département. Une décentralisation plus poussée et une autre répartition de la fiscalité entre l’Etat et les collectivités locales est nécessaire. Par ailleurs notre département éclaté entre le Béarn et le Pays Basque, entre l’agglomération paloise et le BAB, entre l’agriculture de plaine et la montagne est difficile à gérer. Je suis satisfait d’y avoir apporté ma contribution mais je n’avais pas envie de faire un second mandat. Les circonstances ont fait que le problème ne s’est pas posé.

Quelques mois avant la fin de son mandat présidentiel, GISCARD D’ESTAING est venu en  visite à PAU. Le Parti Socialiste local, préparant les prochaines présidentielles a décidé de boycotter cette visite. André LABARRERE, avec toute sa finesse béarnaise a appuyé ce boycott mais  a convaincu les responsables locaux du PS que ce boycott ne pouvait pas  le concerner car, en tant que maire de PAU, il était de son devoir de recevoir le Président.

Je suis démocrate, le Président de la République est le Président de tous les Français, et j’étais l’élu de tous les habitants de mon canton, qu’ils aient voté pour ou contre moi. J’ai donc décidé de participer à la réception du Président. J’espérais la future élection de François MITTERRAND et je n’aurais pas aimé qu’il ne soit pas reçu par tous les élus, même ceux de droite. J’ai placé le respect de la démocratie au dessus des rivalités partisanes et j’ai  donné ma démission du PS tout en continuant à soutenir ses candidats.

J’ai terminé les quelques mois de mandat qui me restaient et j’ai eu la satisfaction d’être remplacé par une jeune et brillante militante, qui depuis exerce maintenant de hautes responsabilités Martine LIGNERES.

A la lecture de ce texte, je réalise que beaucoup de ceux que j’ai évoqués ne sont plus parmi nous. Que le lecteur ait une pensée pour leur dévouement et que  cela incite certains à s’engager dans la vie politique locale.

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