Toutoune et les mi-temps du Nousty-Sports

Nous avons suggéré la naissance du Nousty-Sports au travers des documents relatant les péripéties des volontaires du Corps Franc Pommies. Les célébrations du cinquantenaire et du soixantenaire de la naissance du club ont donné lieu, en plus des festivités, à des collectes d’informations auprès de principaux acteurs de cette époque, ou devrions-nous dire plutôt, de ces époques. Un livret a été publié pour le premier anniversaire, et un CD vidéo a été tourné pour le second.

 Il n’est pas de notre propos de revenir sur les diverses péripéties sportives qui jalonnèrent cette histoire. Simplement d’en relater les plus marquantes et qui laissent dans nos mémoires un souvenir amusé et ému.

 C’était à l’époque où nous étions la génération montante du baby-boom et prenions la relève de nos valeureux aînés qui avaient monté le club et fait trembler tous les terrains de sports de l’Hexagone, chaque fois qu’ils s’y présentaient. Au point qu’un international disait un jour : »Si tu n’as pas joué à Nousty, tu ne sais pas ce que c’est que le hand ! ». Ce que un joueur de l’époque traduisait de façon marquante à un joueur adverse qui le heurta et qui chuta après le choc, il lui lança (en béarnais) : « Tu ne sais pas ce que c’est que de la viande de paysan ! ».

Sans compter les spectateurs, ou plus précisément ceux que les visiteurs appelaient les « bérets noirs », à savoir l’alignement des pépés béarnais appuyés sur la balustrade, le mégot au coin des lèvres et le béret vissé sur la tête. Leurs commentaires, clairement explicités, s’accommodaient de la présence des adversaires et de l’arbitre dans la mesure où ils n’influaient pas négativement sur l’évolution du match.

 Nous n’irons pas plus loin dans la collecte des anecdotes sportives ou extra-sportives. Simplement cette dernière, tout aussi remarquable.

C’était l’époque de la présidence d’Isidore Lafont, le très populaire Toutoune, dont la bonhommie le disputait à la truculence. Epicurien reconnu, il vouait un culte amoureux à la dive bouteille sans jamais faillir à la dignité, que ce soit la sienne ou celle de ceux qui l’approchaient. Il participait à tous les déplacements sportifs et même si ses commentaires d’après-match se  résumaient à : « J’ai gagné ! » ou son corollaire : « Ils ont perdu ! », sa présence était un véritable laissez-passer tant auprès des clubs que nous affrontions, que au cours des haltes et parcours imposés par les rencontres.  

Il avait mis au point une potion dont il nous abreuvait à la mi-temps avec un cérémonial particulier : il remplissait une gourde d’un mélange vin blanc, vin rosé et limonade, dans des proportions compatibles avec la pratique sportive. Il fallait voir la tête de nos adversaires et du public lorsqu’il nous appelait à la mi-temps, de sa voix qu’il rendait volontairement chevrotante pour ajouter au spectacle : »Par ici, les petit! ». Et nous précipitions pour goûter goulument à ce nectar, sous les yeux effarés des personnes présentes dans la salle. Ajoutez à cet apport vitaminé, l’effet psychologique sur nos adversaires et vous comprendrez pourquoi beaucoup de journaux nous avaient baptisés « les diables jaunes », parce que, à chaque fois, la victoire était au bout. Sauf, ce match où, trop sûrs de nous, nous sommes restés un peu plus longtemps sous le jet sucré qui nous coulait dans la bouche.

Toutoune avait un compagnon de route, l’ami Henri Carrache, journaliste à la République des Pyrénées, qui nous accompagnait souvent dans les parcours assez lointains, puisqu’il fallait souvent dormir dans les trains.

Au cours d’un retour dominical, avant de prendre un peu de repos, il lui fit cette déclaration désormais demeurée célèbre dans le club : « Henri, si tu vois que je dors et que j’ai soif, tu me réveilles ! ».

Un véritable art de vivre résumé en une formule.

 

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