Témoignage de Georges L. de Nousty, sur sa captivité

La mobilisation.         

J’ai  été mobilisé en 1939 comme tout le monde. Je suis allé rejoindre le 34e RAD, à Tarbes. Je suis parti à Juillan, parce que nous étions tous autour de la caserne. On a demandé des boulangers; moi, j’étais porté boulanger parce que je travaillais avec mon beau-frère, avec Cassou. J’ai été pris et j’ai travaillé à la manutention pendant que les autres partaient au front.

Je suis resté à Tarbes jusqu’au mois de Novembre-début Décembre et c’est à ce moment qu’ils ont demandé s’il y avait des volontaires pour rejoindre le 24ème. J’ai été volontaire pour partir au front, parce que, quand je revenais à Nousty, par l’autobus, j’étais considéré comme un embusqué : c’est pour cela que j’ai décidé de rejoindre mon régiment au front.      

La guerre

Je suis arrivé à Charleville-Mézières; de là, je suis parti vers le frontière du Luxembourg dans un petit village appelé Bure, où la batterie était en garnison. On est resté là, il faisait froid, il faisait mauvais temps, c’était l’hiver. Nous sommes revenus au repos quelque temps après, au camp de Mailli où nous sommes restés jusqu’au 10 mai, jour de l’attaque allemande. Le camp et ses alentours ont été bombardés. Il a fallu partir au front dans les lignes. Nous avons mis en batterie plusieurs fois. Nos canons étaient des 75 tractés par 6 chevaux.

Ce fut l’avalanche, le désastre. Nous avons reculé en faisant sauter les pièces. On a été bombardés à plusieurs reprises. Nous sommes partis dans les Vosges où nous avons été faits prisonniers, le 20 Juin 1940, à  Charmes.

Les Allemands avaient passé la Loire et nous, nous étions encore dans les Vosges. Nous n’étions au courant de rien; les hommes menaçaient de s’échapper par Epinal pour rejoindre la Suisse; ainsi après une période d’internement de trois mois nous aurions été libérés. Seulement nos officiers nous menaçaient de nous faire passer au conseil de guerre (au falot).

Ils n’en savaient pas plus que nous, mais dans cette fuite nous quittions la zone des armées et nous étions passibles du conseil de guerre. Nous sommes donc restés pour nous faire cueillir par les Fritz.           

La captivité

On est partis en colonne, escortés par les sentinelles allemandes, destination Lunéville. On est resté là  morts de faim, sans rien à manger pendant deux à trois jours. De Lunéville, on est partis à Dieuze: 45 km à pied sans rien dans le ventre; et de Dieuze à Morhange. De Morhange, toujours en colonne, escortés par les soldats allemands, orgueilleux et fiers, vers Sarrebruck. A partir de là, embarquement dans des wagons à bestiaux, direction l’Allemagne. Nous, nous pensions qu’ils allaient nous rapatrier puisque la guerre était finie, mais, hélas! Nous avons roulé pendant plusieurs jours, entassés dans les wagons, mourant de soif et de faim. 

Le Kommando

Arrivée à Magdebourg, aux environs de Berlin, et aussitôt acheminés dans des camps de prisonniers – le 11 B-pour un séjour d’environ un mois. Une partie du convoi est restée là, une autre partie a été acheminée dans les environs de Hanovre, camp 11 B, Kommando ? On est resté là. Moi, j’ai travaillé sur la voie ferrée, sans trop manger, en prise aux brutalités des gardiens, pendant 6 mois. Ensuite je suis parti pour une mine de sel, Salzwedel. Même séjour de 6 mois pour un travail pénible sous terre, torse nu; j’avais 26 ans à l’époque et heureusement que j’étais costaud. De cet endroit, j’ai réussi à m’échapper jusqu’à une ferme d’état où j’ai été capturé. Nous étions un certain nombre de prisonniers, en particulier des polonais; le travail y était particulièrement pénible, sous la contrainte de la trique. 

1ère évasion

A partir de cet endroit, nous avons mis au point avec quelques camarades, une évasion. Nous avions trouvé des vêtements civils et cette évasion nous a conduits à 300 km en train. Nous étions un basque, un parisien et un gars de Lyon qui était boulanger. Nous avons été repris du côté de Dorsmundt. Cette tentative était véritablement une folie, compte tenu de tous les contrôles qui avaient lieu à cette époque en particulier sur les voies ferrées et de la distance qui nous séparait de la frontière. Le retour vers le camp et la ferme s’est effectué à  coups de matraque; nous sommes restés longtemps dans la ferme, maltraités, malades. Nous y sommes restés jusqu’en 1943, époque à laquelle sont arrivés les prisonniers russes. 

2ème évasion

A ce moment, nouvelle tentative, plus spectaculaire. Mes compagnons avaient pris l’empreinte de la serrure du garage du chef d’exploitation avec du savon. Des prisonniers qui travaillaient dans une raffinerie proche avaient volé un bidon d’essence. Nous avons volé la voiture du patron et nous sommes partis encore à l’aventure, et nous avons parcouru environ 150 km. Nous avons été repris. Nous avons été conduits au camp de Bergen-Beltzen, près de Hanovre, où se trouvait le camp des déportés je suis resté une dizaine de mois.

Je suis de nouveau revenu chez un autre paysan, un bon celui-là, en 1944, au moment du débarquement, à la ferme  Shrader, avec lequel je suis resté en très bons termes et avec lequel je corresponds chaque année. J’ai vu mourir les parents et les grands-parents. J’y suis revenu en 1974.

La libération

Je fus libéré par les troupes soviétiques, le 2 Mai 1945. Elles me remirent aux troupes américaines, lesquelles ont assuré mon rapatriement, le 17 Mai 1945.

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