Souvenirs de ma jeunesse sportive

En 1940, j’ai le plaisir de faire partie d’une équipe de basket, dans la catégorie minime.

Il faut préciser qu’à cette époque, seul le maillot est fourni aux joueurs par l’équipe, à charge pour eux de se procurer le flottant et les chaussures. Nous sommes en période de guerre, aussi ces dernières sont contingentées et seulement délivrées sur présentation d’un coupon d’achat de l’office de répartition, contresigné par la Direction des sports (j’ai conservé un spécimen) Le survêtement n’est pas encore à la mode, ni dans nos moyens.

Les déplacements se font à pied ou à bicyclette, sauf ceux au-delà de 20 Km. Nous prenons alors le train avec joie, en emportant un petit casse-croûte.

Parmi de nombreuses anecdotes ou péripéties, je garde un souvenir particulier de notre première journée de compétition.

Mon équipe rencontre sur le terrain adverse l’équipe de l’Avenir de L. Nos adversaires sont plus aguerris que nous et malgré notre combat valeureux nous nous inclinons sur le score de 30 à 24.

Sur le chemin du retour, revenant avec nos  bicyclettes nous constatons dans la même localité, la présence d’une autre équipe qui s’entraîne sur son terrain. Il s’agit du patronage de L.

La passion du jeu et notre esprit de compétition nous poussent à lancer un défi à cette équipe pour une rencontre immédiate. Nous entamons un deuxième match dans la même après-midi. Celui-ci se déroule avec le même acharnement que le précédent que nous venons de perdre. Mais à notre grande satisfaction nous remportons ce dernier sur le score de 28 à 21. Heureux mais fourbus, nous rentrons mollement avec nos bicyclettes en déclarant fièrement à nos supporters que nous venons de battre la ville de L, en deux manches sur le score de 52 à 51. Bel exemple d’enthousiasme et de naïveté sportive.

 Quelques années plus tard, un autre souvenir cocasse me vient en mémoire. Notre équipe rencontre sur son terrain une équipe de la région du Madiran.

Plus expérimentés dans ce sport, nous sommes favoris. En effet, dès la première mi-temps nous prenons une confortable avance, laissant prévoir une victoire facile.

Pendant le repos, le comité de réception qui a installé au bord du terrain un petit tonneau de vin rosé, nous invite à nous rafraîchir dans cette après-midi chaude pour ne pas dire caniculaire.

Le vin rosé est aussi frais qu’il est de bonne qualité. La chaleur aidant, nos joueurs peut habitués à ces dégustations, profitent de plusieurs tournées généreuses.

Le match reprend, mais notre engagement a changé, nos jambes sont lourdes, nos réflexes confus, notre adresse amoindrie. L’équipe adverse par contre survoltée par son public, s’enflamme et nous rejoint au score pour gagner le match d’un petit point. Nous sommes battus et déçus.

Cette réception aussi aimable que perfide a fait gagner les enfants du pays. Malheur aux vaincus, quand le vin est tiré, il n’est pas toujours nécessaire de le boire…

 Un autre souvenir me revient en mémoire. En 1950, le basket prend un nouvel essor dans les campagnes et de nombreux villages cherchent à constituer une équipe.

Je viens de participer au CREPS de Bordeaux à un stage d’entraîneur et le Comité départemental me charge d’entraîner à titre bénévole une nouvelle équipe qui se forme dans le nord du département.

Durant tout l’hiver, deux fois par semaine, après avoir terminé mon travail, je me rends dans ce village en autobus. A mon arrivée vers 19 heures, je suis pris en charge par l’un ou l’autre des dirigeants qui m’assure le repas du soir avant de  nous rendre sur le terrain de basket.

Après l’entraînement, je passe la nuit dans une famille d’accueil et je reprends dès sept heures du matin l’autobus, pour commencer mon travail à huit heures.

 Je garde un souvenir ému de ces entraînements où sur ce petit terrain fièrement aménagé par la commune, dans la nuit humide et froide, je communique ma foi de missionnaire pour enseigner les premiers rudiments de cette nouvelle religion.

Tout le village est rassemblé, des plus jeunes aux plus anciens, devant monsieur le Maire ravi. Chaque participant s’applique, selon ses moyens, à assimiler les premiers réflexes techniques, dans un esprit d’émulation et d’enthousiasme communicatifs, dans le but de défendre l’honneur de leur clocher dans les joutes futures.

Quel plaisir et quelle chance m’ont procuré ces gens en me recevant comme «le messager.»

Il m’arrive de temps à autre de rencontrer l’un ou l’autre de ces anciens dirigeants et c’est pour nous une joie réciproque de se remémorer ces temps heureux, malgré les soixante années qui nous séparent de ces événements.

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