Premier contact avec la faune gabonaise

le

8 juin 1956

De leur côté, la foule venue voir la nouvelle a été très étonnée. Une missionnaire en pantalon, c’est une vraie révolution, ça ne s’est encore jamais vu ! Caisses, cantine, valises, posées sur les têtes noires et frisées, grimpent rapidement le sentier qui mène directement du temple au quartier des filles et sont déposées sur la véranda qui domine le fleuve. Il ne me reste plus qu’à m’installer dans la moitié de la maison que je partagerai avec Yvonne Urban, mon maître de stage, pour me trouver chez moi.

J’ai le privilège de ne pas être tout de suite lancée dans le travail. Marguerite Lauffer, le professeur que je dois remplacer, est encore là jusqu’à la fin de l’année scolaire. Elle a vidé sa chambre pour que je puisse m’y installer et campe dans son bureau. J’ai tout loisir pour visiter les environs immédiats, commencer à me familiariser avec une des langues du pays, le fang, rencontrer quelques animaux sauvages. Justement, après la sieste, on me propose d’aller voir… un serpent ! Il y a beaucoup de bruit autour de la grande maison, située au centre de la station, demeure de la famille du pasteur missionnaire Georges Meyer, en train de préparer ses bagages pour se rendre dans un nouveau poste à Port-Gentil. C’est tout près de chez eux que l’on a vu le serpent ! Un beau serpent mince, long de quatre mètres environ, tacheté de petits rectangles bruns, verts et jaunes. Il se déplace sans arrêt, par mouvements sinueux, sur les branches d’un goyavier dont la cime est proche du premier étage. C’est là que sont les chambres des enfants, il n’est pas question qu’il puisse les atteindre. Le combat est long, les coups de bâtons cognent de tous côtés, mais les branches serrées ne permettent pas de viser la tête. La bête épuisée, finit par lâcher prise, tombe à terre dans l’herbe haute, mais est stoppée rapidement un dernier coup bien ajusté. Les cris cessent, les félicitations vont vers celui qui a fini par vaincre « le mal ». Tout le monde est soulagé. Une demi-heure après, il n’y a plus de goyavier contre la grande maison en brique…

[…]

 Entrons dans ma chambre. Je n’y suis pas encore tout à fait installée. Elle comprend un lit en fer à ressorts souples, et une armoire penderie. Grâce aux caisses en bois dans lesquelles j’ai transporté vaisselle et batterie de cuisine depuis Orthez, je vais y ajouter une table de toilette un peu rustique, mais très pratique.

Mes collègues me donnent quelques conseils. J’apprends ainsi que le lit ne peut pas s’installer n’importe comment. Il ne doit surtout pas s’appuyer à un mur. Les araignées, insectes et lézards qui parfois grimpent sur ces cloisons seraient importuns s’ils pouvaient se glisser sous la moustiquaire !

J’apprends ensuite que la grande armoire de bois dur efficace contre les termites doit rester ouverte pour que le linge ne moisisse pas. J’ai à apprendre beaucoup de choses encore.

Extrait de mon livre « Cinq ans sur les bords de l’Ogooué 1956-1961 »

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