Pendant l’occupation

Je me souviens d’une après-midi , alors que nous étions en classe, niveau cours moyen, Madame EYCHENNE était notre institutrice . Notre pays et en particulier notre commune AIRE SUR ADOUR subissait l’occupation allemande. On frappe à la porte et sans attendre, trois militaires, ennemis en uniforme se dirigent vers la maîtresse :

– « nous voudrions parler à votre élève Hubert Saint-Blancard » demande l’officier dans un français à peine accentué

– « Depuis quelques jours il n’est pas venu en classe, je suppose qu’il doit être malade » et ce, dans un silence troublant.

– « Merci , nous passerons peut-être d’autres fois .

Après un moment assez long, et ce toujours sans que l’on puisse entendre un mot, nous étions perturbés par cette intrusion et aussi par le comportement de Madame dont le visage blême n’avait rien de commun avec celui de notre institutrice. Assurée que les intrus étaient suffisamment éloignés,

– « Ecoutez-moi bien nous dit-elle, si un jour ils reviennent à la recherche de l’un d’entre-vous , je m’empresserai de leur donner la même réponse :

– « Non, aujourd’hui il n’est pas venu » et ce même s’il est parmi vous, je vous fais confiance pour répondre comme moi, c’est très grave , je vous demande de vous en souvenir.

Cette journée de classe est gravée dans ma mémoire, j’ai encore devant moi le visage de Madame EYCHENNE, visage que nous ne lui connaissions pas et qui a dû marquer un grand nombre d’entre-nous. A ce moment précis, ce n’était pas la voix, l’intonation de notre maîtresse, notre mère, un parent, un tuteur aurait parlé ainsi. Il me semble et je suis persuadé qu’à cet instant nous n’étions plus ses élèves, mais ses enfants, ses fils qu’elle protégeait devant l’assassin à pattes de velours, poli, élégant dans son uniforme foncé derrière lequel se cachait un monstre .

Le lendemain, nous apprenions que le père de Hubert avait été arrêté alors qu’il était caché dans une ferme. Déporté dans les camps de la mort ; à la libération il fut rapatrié à Paris, mais à bout de force, il s’est éteint avant de revoir notre commune. Je n’oublierai pas ses obsèques, la classe suivait le cortège depuis la cathédrale jusqu’au cimetière, cortège accompagné par la marche funèbre de Chopin.

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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Christian Marthou dit :

    J’adore ce genre de témoignage. J’en ai encore la chair de poule. Je ne suis pas surpris Jean, que tu sois marqué par cet événement, car tu devais avoir autour de 10 ans. Heureusement que le pauvre Hubert était réellement absent ce jour-là! Cela aurait pu être dramatique.

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