Mon service militaire (1949)

En 1949, à l’approche des examens d’incorporation, je suis soucieux dans la crainte de ne pas être déclaré apte pour effectuer mon service militaire. Je ne connais personne qui comme moi souhaite acquérir le label « bon pour le service ». En effet, marqué par ma santé fragile pendant mon enfance, et ma grande timidité, je considère pour moi comme un passage obligatoire pour devenir pleinement un homme.

Cette révélation peut porter à sourire, quand on pense à tant de jeunes qui à cette époque multiplient leurs démarches pour obtenir une exemption ou une dispense. Mais pour moi l’objectif est clair je souhaite effectuer ma période militaire. C’est donc avec satisfaction que j’apprends ma future incorporation.

Dès les premiers jours, je découvre ce nouveau monde. Je tire rapidement quelques enseignements positifs sur mon comportement.

L’expérience de mon passage en pension, la pratique des sports pendant mon adolescence, ma volonté de m’affirmer vont me permettre d’affronter la vie de caserne avec confiance et une certaine sérénité. Je découvre aussi ma grande faculté d’adaptation. Je suis persuadé que cette période sera pour moi une bonne expérience pour ma vie future.

Il faut participer aux classes militaires, manœuvrer l’arme sur l’épaule dans la cour de la caserne. Mais aussi effectuer des marches de vingt à trente Kms sous la chaleur de l’été, équipé d’un harnachement important, d’un fusil et d’un lourd sac à dos. Tout cet équipement est égal pour tous, petits ou grands dans un principe qui se veut relativement égalitaire. Après tout ce n’est pas la faute des officiers si je possède un petit gabarit et des jambes courtes…

Mais je constate que je possède beaucoup plus de volonté que certains collègues qui semblent « nés fatigués ». Aussi je les plains pour me réconforter.

C’est durant le service militaire que je découvre que l’égalité, ça n’existe pas ! J’observe cependant que la nature a su anticiper quelques nivellements. Dans ce brassage important d’individus on peut constater une immense panoplie d’exemples :

Il y a des intellectuels fainéants, des garçons sans instruction mais intelligents, des petits volontaires et hardis, des grands aussi godiches qu’empotés, des grosses gueules mesquins et trouillards, des beaux gosses complètement crétins, des athlètes avec une cervelle d’oiseau, ou des timides au cœur d’or. J’en passe évidemment…

Devant cette diversité de cas, il est utile de se former une philosophie personnelle et de trouver quelques vrais camarades à l’amitié sincère et fidèle pour partager ensemble les bons et les mauvais moments.

C’est encore l’époque où tous les soldats sont obligés de garder leur tenue militaire et leur calot en tous lieux et même au cours des permissions. A chaque rencontre avec des officiers un salut impeccable est de rigueur. Le 14 juillet 1949, j’ai la chance et l’honneur de participer au défilé sur les Champs Elysées. Cet évènement restera pour moi un souvenir mémorable. Quelques semaines plus tard, je bénéficie de la traditionnelle permission de détente, me permettant de retrouver la bonne ambiance du milieu familial.

A mon retour à la caserne, j’apprends que je suis affecté à l’encadrement des nouvelles recrues. Tandis que d’autres camarades sont nommés à d’autres postes, souvent de véritables planques.

Cela ne m’enchante pas, mais je n’ai pas le choix.

Cette affectation non souhaitée de ma part, se révèlera par la suite très positive. En effet devenu responsable de section, je découvre que malgré ma timidité, je peux devenir un bon chef. En appliquant les formules telles que : «Plutôt convaincre que vaincre » ou « une main de fer dans un gant de velours», je deviens auprès de mes hommes, un chef apprécié et estimé.

Lors des défilés ou cérémonies au drapeau, par la nécessité du service, je me trouve seul en tête de la section, précédant avec ma taille de cent cinquante huit centimètres, mes gaillards de plus de cent quatre vingt centimètres. C’est plutôt cocasse.

En confidence, je dois avouer que lors des alignements, j’ai la sagesse de prendre un peu de recul et très discrètement j’aligne la section au niveau des épaules plutôt qu’au sommet des têtes…

Quelques semaines avant mon retour, je participe aux grandes manœuvres des armées interalliées en Allemagne. Ce fut pour moi un séjour exceptionnel dans les magnifiques régions de la Forêt Noire.

Mon service militaire se termine. Je suis heureux et fier d’y avoir participé. Quel dommage que celui-ci ait été abandonné par la suite.

Grâce à lui, à une époque où le brassage de la population n’était pas évident, beaucoup de jeunes ont pu découvrir d’autres traditions, d’autres milieux sociaux, perfectionner leur instruction appris des métiers divers, mais aussi connu et apprécié l’amitié et la solidarité. Le service militaire restera pour beaucoup une expérience irremplaçable et la meilleure des préparations pour affronter les difficultés de la vie.

Sur le plan de ma personnalité, je considère ma période du service militaire comme heureuse, bénéfique et très positive.

[Total: 0 Moyenne: 0]

Thèmes associés au témoignage:



Témoignages similaires:



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *