Mémoires de mon enfance

Bonjour, je m’appelle Élisabeth, issue d’une famille de 9 enfants. J’ai à ce jour 76 ans, et je suis originaire d’Ayerre mais je vais vous parler de Bassussarry que j’ai vu évoluer au fil des années.

Bassussarry était un petit village où l’on ne comptait que 6 maisons dans les années 1940, le reste était la forêt à perte de vue : «les maisons sans être loin étaient loin».

Avant, près de chez moi, était installé un chenil avec beaucoup de chiens. J’y allais de temps en temps pour parler avec le propriétaire et voir les chiens. Aujourd’hui il a disparu. Tout le monde était triste car nous nous étions habitués à son propriétaire qui était devenu un ami. Puis «ça a construit, ça a construit, tellement que maintenant  nous avons des maisons partout». «On est les uns sur les autres».

Notre vie n’a pas été facile. «On a vécu pauvrement comme tout le monde mais, on faisait la fête ». Nous faisions de grandes fêtes entre voisins pour se rapprocher malgré l’écart entre nos différentes maisons. C’était aussi le moment de s’amuser et d’oublier combien la vie était dure.

«Après ça a dégénéré, tout a dégénéré». «Avant on se connaissait, maintenant on ne connaît personne ».

Tout a changé, les gens ont changé, plus rien n’est pareil. «On est jaloux les uns des autres». C’est un combat quotidien pour savoir qui a la plus grande parcelle de terrain ; les gens sont tellement curieux qu’ils veulent même savoir ce qui se passe chez le voisin.

Même pour le travail avant, nous étions obligés d’aider nos parents dès que nous pouvions. Maintenant les jeunes ne font plus rien. «Ils ne savent  rien faire ».

Notre emploi du temps était très chargé. Dès 6h,  nous nous levions pour aller labourer puis nous chargions le fumier à la charrette. «Ça c’est quand nous n’avions pas école ! On a travaillé comme les hommes».

Quand nous avions école, le midi nous mangions chez une tante. «Mais avant de manger on avait notre boulot !» C’était  chercher l’eau au puits, couper le bois, ramasser les fruits à la saison après il fallait «vite, vite manger» et faire la vaisselle puis nous repartions à l’école.

J’ai commencé l’école en 1940 à l’âge de 6 ans. A mon époque on vouvoyait le maître, alors que maintenant les élèves de primaire tutoient le professeur. «Je trouve que c’est un manque de respect envers ces derniers». Dès que l’école finissait, à 16h, nous rentrions à pied jusqu’à la maison et cela nous prenait 30 minutes. Quand on arrivait, on prenait vite un petit goûter, composé de pain de campagne fait maison avec un peu de chocolat, et chacun avait son travail : garder et traire les vaches, chercher le bois, aller chercher de l’eau, aider maman à faire le souper. J’étais aussi chargé de faire le lavage du linge à la main dans notre lavoir au fond du jardin car il n’y avait pas de lave linge. Quand tout était fini, on avait nos devoirs puis on mangeait et on allait au lit. Nous n’avions pas de temps pour nous, et le peu de temps que l’on avait, on l’utilisait pour aider nos parents.

Puis après, pour avoir de l’argent, on faisait du troc. «On avait des poules, on ramassait des œufs, on les échangeait contre du sucre. Les bœufs étaient vendus  pour avoir un peu d’argent». Mais ça ne faisait pas beaucoup car après on partageait avec le propriétaire pour  payer le loyer. Cela était dur, mais l’on se débrouillait.

Puis à 14 ans et demi, je suis partie à Arbonne et c’est là-bas que j’ai beaucoup appris car c’était un peu plus développé que Bassussarry. Certes il n’y avait pas de commerce mais les maisons étaient moins éloignées les unes des autres et il y avait plus de monde.

J’ai commencé à faire mes premières fêtes mais ce n’était pas comme maintenant: les hommes buvaient du vin blanc avec de la limonade et les femmes de l’orangeade mais personne ne fumait à part quelques jeunes hommes. Si une femme fumait, c’était mal vu, vulgaire.

Pour Noël, aussi ce n’était pas pareil. Avant comme cadeau nous avions une orange partagée en quatre et un chocolat en trois si l’argent nous le permettait. Maintenant les enfants sont beaucoup trop gâtés et ne se rendent même pas compte du prix. « On a beau leur acheter trois fois le même cadeau, ils ne font jamais attention ! Certaines fois, le jouet ne fait même pas six mois !»

Aux premiers sous que j’ai gagnés grâce à plusieurs petits boulots comme faire du ménage ou garder les enfants,  j’ai pu m’acheter mon premier vélo. Grâce à lui je pouvais enfin me déplacer. Avec mes frères et mes sœurs , nous faisions de longs trajets qui équivalaient à trois fois Bayonne- Biarritz .Nous empruntions souvent des chemins au milieu des champs, pas une maison à l’horizon.

Lorsque nous devions aller à la messe, car cela était très important, nous partions à pied pour y assister. Un voisin très riche qui avait une calèche nous laissait nous accrocher derrière comme ça nous allions plus vite.

Maintenant presque tout le monde a une voiture, c’est pratique mais très cher et il arrive beaucoup d’accidents. «Les gens sont devenus fainéants». Pour un petit trajet, à peu près tout le monde prend son véhicule alors qu’ils pourraient marcher.

Aujourd’hui que l’on ait de l’argent ou pas, on essaye de ne pas le montrer.  Je constate un nombre important de chômeurs alors qu’à mon époque il n’y en avait pas.

Mais bien que tout cela paraisse affreux, on a vécu très heureux par rapport à maintenant. Même si nous étions moins nombreux, il y avait plus de respect et de solidarité. Avant nous nous entraidions alors que maintenant c’est chacun pour soi.

«Les temps ont bien changé !»

 

 

 

 

 

 

 

 

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