Les travaux d’été autrefois

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Il y avait beaucoup de travail dans nos campagnes autrefois : le maïs, le blé, les foins, la vigne pour ceux qui en avaient, et bien sur le jardin potager…

Le maïs

D’abord, il fallait préparer les bœufs, les ferrer, aiguiser le brabant… Puis on préparait aussi le terrain en y mettant du fumier. D’abord on faisait l’attelage : l’un tenait le joug, un autre amenait le bœuf, on l’attachait puis on amenait l’autre bœuf, on l’attachait et la paire était faite ! Alors on pouvait y atteler une charrette ou un tombereau (pour les plus riches).

 

Attelage basque en 1937

 

Ensuite pour mettre le fumier, on faisait des petits tas, on calculait « à l’œil » la taille et l’emplacement des tas, et après, à la fourche on épandait le fumier. En principe il fallait diriger les bœufs, c’étaient souvent les gosses, comme nous, mais certains attelages avaient pris l’habitude de travailler seuls, arrivés au bout, ils faisaient demi-tour ! Après on retournait la terre avec le brabant (brabana), on passait le rouleau et puis la herse. Autrefois on était très méticuleux, si un coup de herse ne suffisait pas pour donner une bonne texture, on repassait la herse !

Quand la terre était bonne, on pouvait semer. En principe, on sème à la saint Marc (25 avril). On avait un semoir spécial pour le maïs. Dans le maïs, on semait aussi des haricots qui grimpaient le long du maïs et des citrouilles. Quand le maïs avait commencé à pousser, on devait le sarcler, soit à la pioche, soit avec une machine tirée par une vache ou un cheval. Souvent, il fallait sarcler deux fois. Puis, au début de l’été, on castrait le maïs, c’est-à-dire qu’avec un couteau, on coupait la fleur (kapeta) au-dessus du deuxième épi. Ce qu’on avait coupé, on le ramassait pour le donner aux vaches.

Pour la récolte, les haricots c’était constamment, on y passait toutes les semaines. Ils ressemblaient à ce qu’on appelle aujourd’hui les haricots tarbais. Les citrouilles, on les ramassait et on les vendait par tombereaux. Et vers le mois d’octobre, quand il était mûr, on ramassait le maïs. Chacun remplissait son panier puis, quand il était plein, allait le vider dans la charrette. Bien sûr c’était une charrette spéciale, avec les côtés, et il fallait monter une échelle pour vider son panier. Pour récolter le maïs, il y avait beaucoup de monde qui venait du voisinage.

Aussitôt après la récolte, il fallait dépouiller le maïs sans attendre, sinon « ça chauffait ». Dépouiller le maïs, c’était beaucoup de travail, mais là aussi on se regroupait et dans les grandes fermes on pouvait ainsi se retrouver à 30 ou 40 pour « artho churitzea ». On se mettait en rond, le tas de maïs au milieu. On avait un outil en bois (xiria), une sorte de poinçon avec un lacet pour l’avoir toujours au poignet. On l’enfonçait au ras de l’épi pour ouvrir l’étui de feuilles, puis on écartait tout et « crac », on cassait la tige juste sous l’épi. C’était un coup à prendre. Ce qu’on avait enlevé, on le jetait par-dessus l’épaule, derrière nous, et les gosses le ramassaient au fur et à mesure. Parfois, quand quelqu’un tombait sur un épi qui se dédoublait, on disait en basque « faites courir le baiser » (potta kurri) : chacun embrassait alors son voisin ou sa voisine ! Inutile de vous dire qu’on faisait durer le jeu ! Après, bien sûr, il fallait monter les épis au grenier.

« Artho churitzea » c’était vraiment une fête, qui durait souvent jusqu’à minuit-une heure. On mangeait du pain, du fromage et surtout des châtaignes, en buvant du vin bourret ou du vin rouge pour les hommes. On chantait beaucoup, et dans les grandes fermes, il y avait même un accordéoniste ou quelques musiciens. Bien sûr quand c’était fini chez l’un, on allait chez l’autre. A la messe les gens se rencontraient et après on buvait un coup et on se disait qui allait récolter et quand, comme ça on savait toujours où aller ! On allait chez celui qui venait de récolter le maïs ! Tout ça, ça s’est arrêté dans les années 60, avec les machines et le maïs américain ; c’était un travail tout à fait différent, il n’y avait plus besoin de sarcler par exemple.

Le brabant (brabana)

Le blé

Là aussi, comme pour le maïs, il fallait bien préparer le terrain. On faisait ça en novembre. Puis on semait, et quand le blé avait commencé à pousser, on sarclait, mais pour le blé on ne sarclait qu’une fois. Vers le mois de juillet, on ramassait le blé. Il faisait souvent très chaud pour la récolte du blé. Comme pour les foins, les travailleurs buvaient de l’eau coupée d’un peu de vinaigre.

Aussitôt après la récolte il fallait battre le blé. Bien à l’avance, on avait préparé une bonne réserve de bois et d’eau pour la batteuse. Il y en avait une à Celhay qui passait de maison en maison, chez certains le matin, chez d’autres l’après-midi. Quand elle avait fini dans une ferme, elle faisait entendre sa sirène, pour que chacun sache qu’elle était disponible. Là aussi, il fallait beaucoup de monde, chacun à son poste savait ce qu’il avait à faire.

Les enfants participaient en déliant les gerbes dont les liens étaient tous faits avec de la paille. Les uns faisaient passer les gerbes dans la batteuse, 2 ou 3 secouaient la paille, 4 ou 5 ramassaient la paille et faisaient une meule, avec un piquet au milieu. Puis d’autres encore étaient à la bouche de la batteuse et récoltaient le blé dans un sac. La batteuse fonctionnant à la vapeur, certains s’occupaient du feu et de l’eau. Les sacs étaient montés au grenier.

Qu’est-ce qu’on bouffait comme poussière ! On buvait du vin rouge pour se désaltérer. Quand on en voyait un qui avait un comportement douteux (c’était toujours les mêmes), on lui servait un autre coup à boire et on lui disait « va te coucher maintenant !». Ensuite il y avait un bon repas (souvent une poule au riz) dans la grange pour les ouvriers qui, après, étaient fatigués pour le reste de la journée ! C’étaient d’autres ouvriers qui travaillaient l’après-midi. Aujourd’hui, vous pouvez encore voir fonctionner la batteuse à l’occasion de la fête des métiers anciens à La Bastide Clairence.

La vigne

Tout le monde n’avait pas de vigne mais beaucoup en avaient pour leur besoins personnels. Les gens se faisaient leur vin et puis il y avait le distilleur qui passait avec son alambic, pour faire la gnole. Ici c’était « Chaoupé », d’Attissane (quartier de Mendionde). Ça sentait de loin, on savait où il était !

La vigne, c’était du travail. Il fallait piocher et herser pour garder le terrain propre, tailler la vigne l’hiver, attacher les sarments… D’ailleurs bien souvent, les maisons qui avaient des vignes, quand les vieux sont partis, les enfants ont arrêté la vigne ! C’était beaucoup de travail et comme ici, pour le vin ou la gnole, on faisait de la contrebande avec l’Espagne, tout le monde a arrêté, petit à petit. Tout le vin qu’on buvait chez moi, il venait de là ; j’allais le chercher en vélo à Dancharia avec une bonbonne de 10 litres ! J’ai eu du pot, on ne m’a jamais pris !

Mais aussi…

En début de saison, quand tout le foin avait été mangé, il fallait aller tous les jours chercher « la verdure », de l’herbe fraîche pour les vaches. On la rassemblait dans un grand drap (kalainka) dont on nouait les quatre coins pour faire un ballot qu’on ramenait sur une brouette. Tous les jours !…

Pommes de terres, poireaux, salades, carottes, fèves, petits pois, haricots verts, oignons, échalotes, tomates, piments… chaque ferme produisait ses propres légumes. On bêchait avec la pelle bêche et la fourche à quatre piques. Hommes et femmes, tout le monde participait au jardin. Moi je mettais les haricots verts biens tassés dans un bocal, avec un peu de sel, un peu d’eau et « hop » au stérilisateur. C’était délicieux, comme s’ils étaient frais. Chez nous on écrasait les tomates, on en remplissait des bouteilles, les plus épaisses qu’on trouvait, on y rajoutait un peu d’huile, un petit piment et un peu d’acide salicylique qu’on achetait à la pharmacie, comme conservateur. On bouchait bien et quand le pain avait fini de cuire, on mettait ces bouteilles à cuire là-dedans. C’était délicieux, c’était notre ketchup, on en mettait partout !

Tout le monde avait un verger, ou au moins quelques arbres fruitiers. On produisait ainsi des pommes, des poires, des cerises, des coings, des pêches, des noix et des noisettes. Les noix et les noisettes on aimait bien en grignoter le soir. Avec les pommes et les coings, on faisait de délicieuses gelées. Avec les autres fruits on faisait des confitures ou des fruits en bocaux, qu’on ouvrait ensuite quand quelqu’un venait manger à la maison. Avec les pommes, on faisait aussi du cidre (sagarnoa).

Garder les vaches, c’était souvent le travail des enfants. Après l’école, ou le jeudi, dès le matin, on pouvait voir des enfants, avec un chien, faire brouter les vaches au bord de la route, il n’y avait pas autant de trafic que maintenant ! Quand elles étaient dans un champ, s’il y avait une parcelle de maïs à côté, il fallait veiller à ce que les vaches n’y partent pas. Il y avait très peu de clôtures comme maintenant. A la place il y avait des haies.

Il y avait aussi les brebis, mais ici personne n’en avait : c’était des brebis de l’extérieur, souvent d’Espagne, qui venaient ici, à pied, pour passer l’hiver. Après les regains, les champs étaient loués (voir « les foins »). A cette saison on pouvait voir arriver tous ces troupeaux, avec l’âne et le berger, traverser Hasparren.

Après le regain, venait le moment d’aller ramasser la fougère dans la montagne. On s’en servait de litière pour les bêtes. On la fauchait et on faisait des meules sur place. C’était un des derniers travaux extérieurs avant l’hiver.

 

EHPAD Larrazkena – Hasparren

Ginette, Yvonne, Elise, Julienne, Jean, Jeanine, Laurent et Gracie

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