Les quartiers de Mouguerre : le Port et Elissaberry

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Promenade au QUARTIER DU PORT

Initialement secteur de pêche et d’agriculture, le quartier du Port est devenu secteur industriel dans les années 1920 avec l’installation des usines Marcheville-Daguin et Solvay. Outre son activité économique, ce quartier se caractérise dans les années d’après-guerre par une importante vie sociale et associative basée sur la qualité des rapports humains.

1 – La place de l’école

Cette place constituait le centre vie des Salines Marcheville Daguin. Élément clé du quartier, puisqu’elle est à l’origine de sa création, cette usine traitait le sel de Briscous. Son installation à Mouguerre avait pour but essentiel de mettre les usines au plus près de la voie ferrée.

On y trouvait des logements pour les cadres et les bureaux ainsi que la Cantine. La route rejoignait le secteur du bar-restaurant « chez Bigot » après avoir traversé la voie ferrée par un passage à niveau à hauteur des habitations dites « les Platanes ».

Les bâtiments de l’école publique du Port abritaient initialement le modeste troquet de Martin Doyhenart ; on pouvait y pratiquer le jeu de quilles dans la cuisine du logement attenant.

Grâce aux recherches de Beñat Lavigne (voir annexes) et au dessin réalisé par Yves Poignavent, nous pouvons imaginer la vie de cette place dans la 1re moitié du XXe siècle.

Le Portou, qui évacue les eaux fluviales dans l’Adour, les femmes se réunissaient pour faire leur lessive en échangeant les nouvelles. C’est ici que de nombreux enfants ont appris les rudiments de la natation.

Le chemin de Bellevue conduit à la carrière et au moulin d’Arriague.

2 – La D831 des Platanes au chemin Cigaro : le domaine des Soudières Autonomes de l’Adour

Le bar-épicerie « chez Bigot » aujourd’hui connu sous le nom de « chez Jacky ».

La Bobinerie puis la Centrale Hydroélectrique plus communément appelée « l’Hydro ».

Témoignage de M. Sanchez (Irauldenia)

Au carrefour de la D. 831 et du chemin de halage, se trouvait une maison construite au début du XXe siècle et appartenant à l’usine Solvay : le Chalet René. Trois générations de la famille Gréciet y vécurent de 1916 à 1938, occupant les deux appartements de cette maison. Un commerce y fut créé : la « buvette Gréciet » qui servit également de cantine pour les ouvriers de l’usine toute proche. En 1939, Firmin Gréciet et sa famille quittent les lieux pour s’installer à une centaine de mètres plus loin dans la maison « Behara » où ils ouvrirent un bar-épicerie dit « Chez Titt ». Les familles Gréciet et Sanchez y vécurent jusqu’en 1970. Firmin Gréciet fut également agriculteur (ferme Irauldenia) et marin pêcheur (sur chaland) sur l’Adour. Le chalet René accueillit les familles Lassoque, Laporte et Gamoy avant d’être détruit en 1982. Le bar-épicerie « Chez Titt » fut rasé en 1972 pour permettre la création d’un bassin de rétention des eaux fluviales.

Dans le virage, côté voie ferrée, un autre bar-épicerie, « chez Magné », lieu fréquenté par les joueurs de quilles. Les rares véhicules (autos et motos) pouvaient y faire le plein de carburant grâce à la présence d’une pompe à ballon 2,5 l. Par la suite, il a été remplacé par une boulangerie aujourd’hui fermée. Le fils de Magné, Robert Iturbisque (qui sera plus tard conseiller municipal), allait chercher les boules à Saint-Martin-de-Seignanx.

De l’autre côté de la route, le garage Lasseguette.

Les bâtiments allongés, situés côté voie ferrée, étaient occupés par des cadres de l’usine. La messe avait lieu dans une chapelle aménagée dans la maison Doyenart et placée sous la protection de Jeanne d’Arc. Cette maison est aujourd’hui habitée par Mme Suzy Etchegoyen.

Parmi les maisons qui se trouvent en amont du Tennis, le restaurant « chez Martin » plus connu sous le nom de « restaurant Etchebaster ». Pendant les années 1940 la famille Inigo prêta le 1er étage qui fut transformé en classe maternelle.

Grâce à la politique sociale menée par les usines, la zone sportive était très animée. Sur le terrain actuellement occupé par le club de tennis, on pouvait jouer à la pelote ; les ouvriers des Salines avaient construit dans les années 1935-1936 l’un des plus beaux terrains de rebot du département.

Le terrain de rugby était entouré par une piste d’athlétisme et tous les pratiquants bénéficiaient de vestiaires avec des douches.

Toutes ces activités, financées par la direction des usines, cessèrent après les événements de 1936 et ceux de la seconde Guerre Mondiale ; les terrains furent utilisés comme parking par les troupes d’occupation allemandes puis par les étudiants de Bayonne pratiquant le rebot de 1946 à 1948.

Grâce à leur obstination, les jeunes du village obtiennent en 1962 la construction d’un nouveau terrain de rugby et la création d’un club : l’USM.

L’église Saint-Joseph-des-Ouvriers (texte de Bernard Lavigne)

Le 22 septembre 1962, sur un terrain donné par les Soudières de l’Adour, Monseigneur Gouyon, évêque de Bayonne, posait la première pierre de l’église Saint-Joseph Ouvrier qui sera inaugurée le 1er mai 1964. La cloche de cette église provient de la chapelle du Grand Lissague à Saint-Pierre-d’Irube.

La chapelle du Port fut construite en 1962 pour desservir ce quartier trop éloigné de l’église du bourg.

Elle avait été précédée par un lieu de culte précaire établi dans la maison Doyhenart, appartenant à l’usine des soudières. Une grande salle y avait été aménagée avec autel et bancs pour les fidèles. Chaque dimanche une voiture avec chauffeur fournie par l’usine allait chercher le desservant au presbytère pour célébrer la messe avant de le reconduire à son domicile.

Le conseil épiscopal ayant constaté l’accroissement de la population dans ce quartier industriel décida de bâtir une chapelle sur un terrain offert gratuitement par l’usine voisine des Soudières de l’Adour. Elle est de style résolument moderne, à l’image des habitants du quartier qui ont troqué le travail de la terre pour celui des ateliers et usines.

La chapelle fut inaugurée le 23 septembre 1962 et consacrée à Saint-Joseph-Ouvrier. Un vaste parking fut aménagé en 2005 face au parvis et sert aussi bien aux fidèles qu’aux spectateurs des activités sportives du stade Ibusty voisin.

Après la 2e Guerre Mondiale, la France connaît une période d’améliorations importantes dans le domaine du confort et de la vie sociale. Les usines Solvay vont vendre à bas prix, en deux temps, 16 lots de terrains constructibles à leurs ouvriers : c’est la naissance des « Barthes neuves » entre 1957 et 1964.

Le quartier Caracar : la zone agricole

Il s’étend des Barthes neuves jusqu’à la route de Lahonce. Aujourd’hui toute la zone agricole est intégrée au Centre Européen de Fret ; les derniers exploitants agricoles, Madeleine Laffargue et ses enfants, ont fermé (ou sont en cours de fermeture) leur activité ; cette zone est d’autant plus modifiée qu’elle est intégrée dans le projet de tracé du futur TGV.

Promenade au QUARTIER ELIZABERRY

Le quartier Elizaberry, autrefois appelé « Petit Mouguerre », est réputé pour vouloir être « une commune au sein de la commune » et pour ne pas rechercher l’intégration avec les autres quartiers.

Lorsque le quartier a été intégré à la ville de Mouguerre nouvellement créée, puis érigé en paroisse (janvier 1856), Elizaberry possédait déjà une église et avait donc son existence propre. Par la suite la construction de l’autoroute 63 marqua davantage la position de Elizaberry plus orientée vers Saint-Pierre-d’Irube que vers Mouguerre Bourg. Mais ces faits ne résistent pas à l’habitude de fréquenter le Bourg imposée par le règlement des dossiers administratifs.

Pour débuter cette promenade, essayons de nous mettre dans la position d’un habitant du quartier avec son état d’esprit de résidant et asseyons-nous sur le muret du cimetière.

Organisée autour de l’église et du fronton, la place regroupe tous les bâtiments caractéristiques de la vie sociale dans un village du pays basque.

L’église Saint-Jean-Baptiste date du XVIIe siècle donc est antérieure à la création de la commune de Mouguerre.

Une artiste lyrique internationale, Jane Harding, née à la maison Abbadia, a financé la réparation de l’horloge de cette église (accompagnée du versement d’une somme conséquente au profit du CCAS de Mouguerre). Le mécanisme mis en place égrène encore aujourd’hui les heures pour les habitants du quartier.

La maison Churieta contre laquelle s’appuie le fronton était occupée par le forgeron Achacq qui remplissait également les fonctions d’épicier voire d’aubergiste. On pouvait même y jouer au quillet.

Le presbytère a laissé la place à un restaurant Le Xamango et à un trinquet. Les tombes, qui portent le nom de toutes les familles d’Elizaberry, semblent défendre l’église de toute intrusion étrangère. Il est à noter qu’elles appartiennent aux familles présentes dans la paroisse dès l’origine.

Histoire de l’École Saint-Joseph (extrait de l’article de Nathalie Possemée Le Bal’ch paru dans Sud-Ouest édition du 26 mai 2012)

Située dans le périmètre de l’Église, l’école Saint-Joseph était à l’origine la propriété d’un particulier qui, au début du siècle dernier, en fit don au curé de la paroisse. Une communauté de religieuses s’y installa : la congrégation des Ursulines tout d’abord, puis celle des filles de Croix par la suite. En 1937 la paroisse décida d’ouvrir, en ce lieu jusqu’alors dévolu à la prière, une école.

Avec la création de l’Association d’Éducation Populaire (AEP) en 1962 par le curé Arranas, Paul Haran, premier président de l’AEP à Elizaberry, passe un contrat avec le curé de l’époque dans lequel celui-ci, propriétaire des lieux, s’engage à louer à l’AEP le bâtiment à titre gracieux, garantissant ainsi qu’au moment de sa disparition, d’éventuels héritiers ne s’emparent pas de la bâtisse.

L’année 1937 marque un tournant dans l’histoire de l’établissement. En effet les filles de Croix quittant l’école, l’enseignement à l’école Saint-Joseph y est désormais dispensé par des enseignants laïques. L’école compte aujourd’hui 31 élèves répartis en deux classes, des enfants dont les parents ont eux-mêmes pour la plupart fréquenté la petite école catholique du Bourg d’Elizaberry. Certains ont encore présent à l’esprit les chaussons et la blouse à enfiler avant d’entrer en classe, le bois à rentrer destiné à alimenter le poêle qui chauffait la salle, sans oublier le ramassage des feuilles dans la cour. Ils en gardent un souvenir attendri, celui d’une petite structure que l’on devine chaleureuse.

À quelques centaines de mètres de là, en direction de Saint-Pierre-d’Irube, le trinquet Ibar dans lequel, entre autres activités, se déroule régulièrement un marché qui permet aux petits producteurs de Mouguerre de vendre directement leurs produits aux Mouguertars.

La maison Liparchia a été le siège d’une saline avant la « Grande Guerre » ; l’histoire de cette saline est racontée dans le chapitre III de ce Guide Patrimonial.

Dans le bois d’Eguralde, d’une superficie de 100 ha, géré par l’ONF, les Mouguertars ont installé 4 palombières.

Sur les 7 principaux moulins qui existaient autrefois sur le territoire de la commune, 4 sont implantés à Elizaberry (le moulin d’Istiartia, le moulin Barbera, le moulin Gaineko Eyera et le moulin Lehuntzeko Eyera).

La vie de meunier à Elizaberry (témoignage de René Anetas)

En 1951, mon père, Martin Anetas acheta le moulin de Gaineko Eyeraà Pascal Labat, moulin disposant d’une réserve d’eau de 1 hectare et d’une profondeur atteignant les 8 mètres dans les endroits les plus profonds.

Grâce à l’existence de 2 roues, il pouvait alors, sur l’une, moudre le blé pour obtenir la farine blanche nécessaire à la fabrication du pain et, sur la deuxième, moudre les céréales destinées à l’alimentation du bétail (du maïs essentiellement). Dans le four de briques rouges, les habitants d’Elizaberry pouvaient veiller eux-mêmes à la cuisson de leur pain.

Employé à la fonderie de Mousserolles, comme de nombreux autres Mouguertars, il augmentait ainsi ses revenus en consacrant, chaque jour, 4 heures de travail au moulin. Les modalités de paiement étaient spécifiques de l’époque. Mon père ne recevait pas d’argent mais un pourcentage du produit une fois traité, qu’il pouvait alors revendre pour son compte. Je ne me souviens pas d’un tarif officiel et je pense que l’accord financier dépendait avant tout des relations que mon père entretenait avec l’acheteur.

Le moulin était également équipé d’un lavoir sommaire où les femmes du quartier venaient faire leur lessive ; l’espace étant réduit, ma mère avait institué un roulement et veillait à ce qu’il soit respecté. Comme tous les lavoirs de l’époque c’était un lieu d’informations et d’échanges très couru.

Légèrement plus bas, le meunier Larroquis accomplissait la même tâche dans son propre moulin. Je me souviens de moments très particuliers, qui frisent parfois l’insolite, comme la pesée annuelle des enfants de l’école publique qui ne possédait pas de balance.

Autre moment fort : le nettoyage annuel de l’étang. Programmé traditionnellement le jour de l’ouverture de la chasse, il se terminait par un repas partagé avec tous les chasseurs au cours duquel on pouvait déguster entre autres mets, les anguilles attrapées, à profusion, dans des corbeilles de maïs lors du dévasage de l’étang.

Extrait du Guide Patrimonial, édité par l’association Mouguerre Patrimoine et Culture

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2 commentaires Ajoutez le votre

  1. BIGOT dit :

    bj

    je recherche des infos sur la famille bigot qui tenait l’épicerie-tabac au quartier BIGOT à mouguerre

    je ne connais pas l’année

    merci

    michelle bigot

  2. ANDRY dit :

    je recherche le nom du patron des fonderies de Mousserolles et des témoignages sur l’accueil de réfugiés ardennais en Mai -Juin 1940/
    Ma mère et mes deuxfrères furent parmi ces gens du Nord -Est logés à Mouguerre-Mousserolles/

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