Les frelons

On parle beaucoup, et ce depuis quelques années, de l’invasion de touristes d’un genre particulier que sont les frelons asiatiques. Ces visiteurs ont la fâcheuse tendance de s’installer à demeure, dans des nids hauts perchés et d’une architecture  remarquable, si tant est que leur côté prédateur puisse laisser un peu de place pour une quelconque admiration à leur égard. En effet, leur occupation principale consiste à guetter les abeilles dans leurs déplacements mellifères pour les croquer lorsqu’elles sont de retour à la ruche. Activité qui est loin de nous rendre leur présence digne de sympathie.

Seule note d’humour (relative), cette réflexion d’une personne confrontée à leur voisinage : « La seule chose qui me dérange chez ces insectes exotiques, c’est le bruit qu’ils font en mangeant … avec des baguettes !!! ».

 Qu’il me soit permis de vous narrer une petite anecdote relative à des congénères, eux, bien de chez nous.

 Opération nettoyage.

Le Conseil Municipal de Nousty avait décidé de mettre en vente une parcelle de terrain lui appartenant, face aux Pyrénées, afin de créer un lotissement. Opération non spéculative puis destinée à financer la construction de la salle des sports, la première.

Pour assurer cette vente et attirer les futurs clients, il était nécessaire de nettoyer le terrain, tout d’abord abattre les arbres qui s’y trouvaient.

–          Qu’il me soit permis une petite remarque à caractère « politique » et à tendance régionaliste. A cette époque, certains faisaient la réflexion suivante : à savoir que les conseils municipaux étaient majoritairement composés d’agriculteurs. Certainement, mais lorsqu’il s’agissait d’intervenir pour la commune, ils étaient disponibles sur le champ (c’est bien le cas de le dire !) et de plus ils disposaient presque toujours du matériel, et du savoir faire, adapté à chaque type d’intervention.

Fermez la parenthèse !

Donc tout le Conseil Municipal était là, ce matin, pour se livrer à cette tâche de nettoyage. Chacun avait amené sa tronçonneuse ; il y avait du travail et du cœur à l’ouvrage.

En cela, le bruit des machines peut avoir deux effets antagonistes : repousser les curieux ou bien les attirer.

 Visite d’un curieux.

 C’est ce dernier cas qui se passa ce jour-là.

Il y avait dans le voisinage un paisible retraité, Lucien Boué-Laplace,  dont les occupations essentielles – en plus de celle dont nous parlerons plus tard –  étaient de profiter du soleil du Bon Dieu, de l’air du temps et de la compagnie de ses semblables. Comme il habitait le long de la route (alors) nationale, les contacts avec le reste du village étaient assez espacés. Pourtant sa présence était appréciée de tous, de par un esprit vif et acéré et un humour à toute épreuve dont il ne manquait pas de faire bénéficier la compagnie au milieu de laquelle il aimait à se produire.

Voir un Conseil Municipal en pleine action, loin du décorum habituel de la salle de réunion, avait de quoi le ravir et lui autoriser quelques unes de ses remarques qui fleuraient bon la moquerie et que chacun pouvait apprécier à sa juste valeur. Béret sur la tête, mégot au coin des lèvres, l’œil aux aguets comme une caméra impitoyable, il n’était que de voir le sourire ironique qui se dessinait sur ses lèvres pour deviner la sortie proche d’une saillie dont tous pourraient profiter.

Il est temps maintenant de préciser le métier de ce brave béarnais : il était châtreur. En béarnais, on dit : « crestaïre ». Il officiait dans les élevages agricoles, essentiellement porcins, et ce dans le but d’une opération délicate permettant la transformation des petits porcelets en futures cochonnailles goûteuses. 

Des pensionnaires moins amicaux.

 L’opération de nettoyage se déroulait de manière satisfaisante, lorsque, soudain, lors de la chute d’un arbre on vit les ouvriers aux alentours s’éparpiller en courant en tous sens. Stupeur de leurs camarades, qui se rendirent vite compte du pourquoi de la chose : la chute venait de déranger un essaim de frelons et ces messieurs témoignaient bruyamment de leur mécontentement. A l’époque, les frelons n’étaient que béarnais mais leur aiguillon avaient de quoi effrayer suffisamment le voisinage. D’où la fuite à travers bois et taillis.

Situation plutôt cocasse quand on la considère avec un œil extérieur. Cela pouvait donner matière à notre spectateur privilégié d’un commentaire à la mesure de l’évènement.

 

Un dialogue qui ne manque pas de piquant !

 Sentant venir le danger, Olivier Cabanne, qui était le maître d’œuvre, s’adressa à Lucien en ses termes (et en béarnais) : 

–          (« Hoù, Lucien, açi qu’abérés tribailh ! ») « Hoù, Lucien, ici tu aurais du travail ! ».

 Allusion directe à ses activités professionnelles.

 Et Lucien de répondre :

–          (« Qu’es pot ha ! Més qu’ous me bas tié ! ») « Ca peut se faire !  Mais tu vas me les tenir ! »

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