Les fontaines-lavoirs de Mouguerre

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Texte de B. Lavigne

Le réseau d’eau courante de la commune ne fut réalisé que vers le milieu du 20ème siècle. Quelle fut la vie du village sans eau jusque là ? Il suffit de parcourir le registre des délibérations du conseil municipal au fil des décennies pour connaître les difficultés rencontrées par la population; les doléances sont récurrentes, les projets de captage de source et d’adduction nombreux, tous interdits par le manque de ressources budgétaires.

Compte tenu de la répartition de la commune en trois quartiers assez éloignés les uns des autres, les municipalités successives mirent à la disposition de la population deux points de desserte d’eau « officiels » l’un au bourg et l’autre au quartier Elizaberry. Le quartier du Port traversé par de multiples canaux ne fut pas pourvu, la population se fournissant facilement au plus près.

En novembre 1937 le conseil municipal décida la création de deux abris au-dessus de ces points d’eau, jusque là à ciel ouvert.

De la fontaine-lavoir du bourg, appelée « fontaine d’Aguerria », située à l’extrémité Est du parc du château Aguerria, donc sur une propriété privée mais aménagée par la commune, il ne reste aucune trace. Elle desservit pourtant le quartier dit de la Place pendant des siècles. Située au pied d’un talus abrupt, elle était d’accès difficile voire impossible pour les bêtes qui devaient faire un long détour pour se désaltérer. En sus d’une source abondante et ne se tarissant pas l’été, elle était équipée d’un bassin-lavoir à six postes.

Vers les années 1910, elle fut équipée d’un bélier qui poussait l’eau dans une citerne uniquement destinée aux besoins de l’internat – école Saint Isidore. Cette école occupait le château d’Aguerria depuis les années 1900.

La création vers 1970 du lotissement de Mouguerre-village fit table rase de cette fontaine-lavoir. La source qui gênait les bâtisseurs fut tout simplement raccordée au réseau du tout à l’égout et les lavoirs détruits. Il ne reste que le souvenir dans la mémoire des anciens, des ménagères traversant le bourg pour se rendre à la fontaine la cruche d’eau sur la tête et des pichets à la main. Il reste aussi dans un registre des délibérations le témoignage suivant à la date du 1er juin 1919 :

Le quartier d’Elizaberry disposait d’une source de grande qualité appelée UR ONTTOA (la bonne eau) située en amont du moulin de Barbera. Proche du centre du quartier, elle était idéalement située. Cette source existe toujours, ainsi que le lavoir communal comprenant six places disposées autour d’un grand bassin en béton. Il fut restauré et modernisé en 1933.

Placé au bord du ruisseau du même nom, il est régulièrement submergé lors des crues. Son utilité ayant cessé, il disparaît peu à peu dans la vase et les roseaux.

En sus de ces points d’eau entretenus par la commune, la vie s’était organisée autour d’un maillage de fontaines-lavoirs comprenant le triptyque classique, source d’eau potable-lavoir-abreuvoir pour bétail. Elles étaient au service et entretenues pour la plupart par le voisinage qui établissait un tour d’usage du lavoir. Nous n’en citerons que quelques unes, les plus connues.

La fontaine d’ ITURRI ZAHAR (prononcée Iturrixar), la vieille fontaine , sur le chemin rural du même nom. Il reste dans les mémoires de tous les écoliers ayant fréquenté l’école du bourg dans les années d’après guerre. L’école avait une citerne pour les besoins des sanitaires mais pas d’eau potable. Aussi quand le vent du sud soufflait et asséchait les gosiers des écoliers, c’était la course à la fontaine pendant les récréations, l’instituteur fermant les yeux sur ces fugues interdites par le règlement.

Aujourd’hui, elle disparaît sous les ronces. La vase remplit son lavoir. Seule reste la source sous sa voûte de briques. Pour combien de temps encore ? (voir photo)

La fontaine de ZAZPI ITURRI (les sept sources) sur le chemin de Soleta. Aujourd’hui enclavée dans une propriété privée, elle a été restaurée et reste entretenue. (voir photo)

Les bassins d’eau fraîche avaient aussi un rôle, aujourd’hui oublié : ils tenaient au frais les pichets de lait de la traite du soir avant la collecte du matin.

La fontaine d’IPARRIA sur la R.D. 257 et la propriété du même nom. Bien qu’en site privé, elle servait à tout le voisinage car il était communément admis qu’une source était un bien public. Elle coule toujours pour l’agrément des propriétaires.

La fontaine de LATXALDEA (près du lavoir) à proximité de la maison du même nom, sur le chemin de Behigo, elle aussi sur une propriété privée.

La fontaine de CHAPITALIA proche de la maison du même nom. Située à mi-côte sur le chemin de Belsussarry, elle était précieuse pour les fermes environnantes.

La fontaine d’HARRIAGUE située près des vestiges du moulin de même nom. Cette fontaine alimentait à l’est les habitations du chemin de Larretchea et au nord celles de la RD 831.

La fontaine de LANDONDOA (?), aujourd’hui proche de la voie ferrée alimentait les lotissements des Barthes Neuves. On a peine à croire que ces lotissements furent construits non pourvus d’eau courante.

En 1949 la commune réussit à entreprendre la première tranche du réseau d’adduction d’eau potable. Elle concernait le quartier du Port dont les industries avaient un besoin impératif.

Il fallut attendre plus de dix ans pour que le bourg soit alimenté ; ce sera en 1960. Dès lors la fontaine d’Aguerria devenait inutile.

Tranche par tranche, emprunt après emprunt, la commune fut enfin totalement desservie en 1965.

La fourniture d’eau courante à l’ensemble de la commune imposa la construction d’un château d’eau en un point haut, au sommet du chemin de Cigaro. Particulièrement inesthétique en ce lieu si proche de l’église, il fut heureusement remplacé par des réservoirs enterrés éloignés plus discrets qui sont toujours là aujourd’hui.

La fontaine-lavoir de Mouguerre-Village (Témoignage de Martin Elissalde)

Il existait une source dans le bois dit « de Lian » qui servait principalement aux habitants du quartier Cigaro ; elle a été démolie lors de la création du lotissement de « Mouguerre-Village ».

Cette fontaine-lavoir était composée d’un bassin carré avec deux larges pierres plates pour les lessives. Tout proche, une barrique en bois enterrée, permettait de recueillir une eau très fraîche, utilisée pour la boisson et le ménage. Aujourd’hui encore, on peut entendre le murmure de l’écoulement de la source dans un regard situé tout près du domicile de Nathalie Jeanot.

Extrait du Guide Patrimonial, édité par l’association Mouguerre Patrimoine et Culture

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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. david dit :

    cette source existe toujours c est une eau fraiche et trés propre.
    j ai habité ce quartier 20 ans et cette source passait sur notre terrain
    il y avait un système de bélier enterré qui servait à remonter l eau jusqu’au bourg du village.

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