Les foins

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Le foin que l’on ramasse dans les prairies, c’est la nourriture des bêtes pour l’hiver prochain. C’est donc une étape très importante et tout doit être fait pour que la récolte soit bien préparée, bien faite et bien conservée.

1920 – Récolte du foin en Roumanie (Wikipedia)


Normalement, quand la saison est favorable, on fait les foins en juin. Il faut qu’il fasse beau pour que ça pousse bien, mais après, il faut aussi du beau temps pour que ça sèche. Dans les grandes fermes on coupait avec la faucheuse, tirée par des bêtes, mais dans les petites, on faisait tout à la faux. Il fallait bien les préparer, tacatacatac, au marteau. Mon père, il affûtait sa faux comme un rasoir, tandis que moi, je n’affûtais pas aussi bien, je faisais à la force des bras. Après, bien sûr il m’a appris. Chez nous on fauchait à deux avec mon père et après on allait au travail, à la chaussure.

À partir des années 50, de plus en plus de fermes ont eu des tracteurs pour remplacer les bêtes.
D’abord des tracteurs à essence, et en 58, des tracteurs diesel, Fergusson, Renault et Someca. Le diesel était à 5 ou 6 centimes… On a eu aussi des motos-faucheuses ; on avait un guidon et on suivait la machine. Les lames étaient fragiles, il fallait que le terrain soit propre, sans pierres. Mais à cette époque là on faisait attention : quand il pleuvait on ne mettait pas les vaches dehors, et on soignait les prairies, on nettoyait les taupes et les pierres avant que le foin n’y pousse.

 

Nous les enfants, on nous envoyait avant les faucheurs, pour couper les rhumex (ahagoa). Ce sont des mauvaises herbes, du moins ce n’est pas bon pour les bêtes. Ce travail n’était pas difficile, mais plutôt ennuyeux. En tous cas on n’aimait pas ça, ce n’est pas un bon souvenir. Les bons cultivateurs, ils le faisaient même avant les foins, pour que les rhumex n’aient pas le temps de faire des graines. Il y avait une autre herbe qu’il fallait enlever, on appelait ça du navet sauvage, ça faisait des fleurs jaunes. Heureusement, dans les bonnes terres, il n’y en avait pas tellement.

Après, il fallait remuer le foin. On faisait ça au râteau (arestolua). C’était de grands râteaux en bois avec des dents des deux côtés, pour les gauchers et pour les droitiers. Quand des dents étaient cassées, on les réparait nous-même. Le premier jour, quand c’était frais, on faisait des petits tas (meta) et après deux ou trois jours de beau temps, quand c’était plus sec, on faisait des plus grands tas. On faisait ce travail à plusieurs, les hommes avec des fourches (fouchina) à trois pointes et les femmes avec des râteaux. Je me rappelle qu’on avait intérêt à bien ramasser, sinon on se faisait crier dessus ! Certains avaient une machine (ehatzekoa), tirée par des bœufs ou des chevaux. Il y avait aussi la « pirouette » et l’andaineuse. pour ramasser. Après, dans les années 60 on a eu des botteleuses qui ramassaient et faisaient des bottes rectangulaires.

À la saison des foins, il fait souvent chaud et tout le monde a soif. Pour se désaltérer, on avait des gourdes (xahakoa) pour certains avec du vin, mais souvent avec de l’eau coupée d’un peu de vinaigre, c’est très désaltérant. À cette saison, on ne faisait pas beaucoup la java, il y avait beaucoup de travail. On partait au lever du jour, les femmes nous portaient le casse-croûte, les journées étaient longues et le soir on tombait de sommeil.

Quand il était bien sec, on ramenait le foin à la ferme sur des charrettes. Mais là aussi, c’était tout un art. Il fallait faire la charrette en long, en large, plier le foin… Il y avait des types très forts pour ça. Après pour attacher le chargement on mettait au beau milieu une barre (aga) qu’on serrait avec une manivelle. Quand le terrain était en pente, on utilisait des toiles (kalainka) qu’on remplissait de foin , on attachait les quatre coins deux par deux (belar zamak), et on le ramenait à dos d’homme.

Pour monter le foin au grenier, c’était les hommes, en bas, avec des fourches, qui le faisaient passer en haut, par la fenêtre , où les femmes le tassaient correctement pour pouvoir bien remplir le grenier. Des fois, des hommes montaient aussi au grenier pour aider les filles à bien tasser le foin !…

Après, dans beaucoup de maisons, on a construit des ponts pour pouvoir monter la charrette au niveau du grenier.

Quand il n’y avait plus de place au grenier, on faisait des meules dehors, qu’on bâchait ensuite. On plantait un grand piquet de châtaignier et en bas on mettait des pierres et des branches, pour que l’air passe. C’est de la même manière qu’on faisait les meules de fougères, mais ça, on le faisait sur place, dans la montagne et c’était plus petit. Par la suite, on a construit des hangars pour stocker ce qui ne rentrait pas au grenier, il n’y avait plus besoin de faire les meules de foin.

Deux ou trois mois après, vers août-septembre, l’herbe ayant repoussé dans les prairies, on faisait le regain. C’est à dire qu’on recommence, mais en plus difficile. Le regain est plus fin, plus difficile à couper et à ramasser au râteau. Son odeur est plus forte. Et pour le faire sécher, c’est autre chose ! Il est plus gras, il donne plus de lait. En principe, le regain c’était plutôt pour les moutons. Mais les cultivateurs savaient bien équilibrer ; par exemple on faisait un mélange avec tant de foin, tant de regain et de temps en temps un peu de son. Bien sûr, dans le grenier, le foin et le regain étaient bien séparés.

Et ce qui repoussait après le regain, on le laissait pour les bergers. Ils achetaient les pâturages et y mettaient leurs moutons jusqu’à l’hiver. Ça faisait un peu de sous pour l’agriculteur. Beaucoup venaient d’Espagne. Chez certains, ils venaient de Banca, et chez d’autres de Bidarray. Et tout ça à pied bien sûr.

Avant, comme on faisait tout à la main, ça prenait du temps. Tandis que maintenant, ils coupent les foins, et dès qu’ils ont vu le soleil une fois, ils les ramassent, les mettent en rouleaux et les amènent !

 

 

Catherine, Gratien, Jean, Marie-Louise, Pierre, Marie-Rose, Pierrette et Yvonne

(EHPAD Larrazkena – Hasparren)

 

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