Le vieux fusil

Au début de l’année 1943, les allemands envahissent la ville de PAU qui se trouve en zone occupée depuis le 11 novembre 1942. Les gens se taisent, tout le monde se méfie de tout le monde, de peur d’être dénoncé par un collaborateur camouflé. Nous vivons dans une ambiance de crainte et d’inquiétude. La gendarmerie, à l’instigation des occupants, donne l’ordre de déposer immédiatement toutes les armes détenues sous peine d’arrestation et d’emprisonnement.

En apprenant cette nouvelle, ma mère est bouleversée, car elle a conservé précieusement le fusil de chasse de mon père décédé. C’est plus une relique de famille qu’une arme de guerre. Elle est cependant désemparée devant la décision à prendre, elle hésite, car elle sait que remettre l’arme c’est perdre à jamais ce souvenir. Malgré mes treize ans, je suis le seul homme, si l’on peut dire,  présent dans la maison. Je me sens investi du rôle de chef de famille et sans hésitation,  je décide de ne pas remettre le fusil aux autorités, mais de le conserver en l’enterrant.

Le jour même, sous le regard paniqué de ma mère, pour la première fois de ma vie, je saisis cette arme et avec des précautions aussi extrêmes que pour bouger un baril de dynamite. Je la graisse minutieusement, je l’enveloppe de tissus laineux et d’une brassée de paille. Je la place délicatement dans une caisse en bois et je cloue le couvercle. Dans le même temps, ma mère, anxieusement penchée à la fenêtre guette l’arrivée éventuelle d’une patrouille. Je creuse un trou au milieu du hangar à bois et je dépose la précieuse caisse comme s’il s’agissait du sarcophage d’un pharaon. Je recouvre l’ensemble de terre, en prenant soin de ne pas laisser de reliefs douteux. Pour terminer, je range au dessus un bon stère de bois de chauffage afin de camoufler la cachette.

Dix huit mois se sont écoulés, l’espoir est enfin revenu. Hier soir, j’ai regardé derrière les volets clos, avec une joie indescriptible, le départ des allemands et des miliciens. Aujourd’hui c’est le vingt et un août 1944, les cloches de toutes les églises de PAU, sonnent à l’unisson pour célébrer la libération de la ville. Nous sommes heureux et émus, la peur et la crainte ont définitivement disparues.

Le soir même je me précipite dans le hangar à bois et je déterre le précieux colis sous le regard attendri de ma mère. Le fusil est intact et après un bon nettoyage il reprend sa place dans notre foyer libéré.

Enfin le dénouement heureux après des mois d’angoisse pour cette femme seule et son gamin dans la crainte et la peur d’être arrêtés et peut-être fusillés…

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