LE MONDE DU TRAVAIL – 2 – Les artisans

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Le forgeron

Presque toutes les fermes de la commune possédaient une paire de bœufs ou de vaches de travail, parfois même deux ou trois lorsque l’exploitant exerçait aussi une activité de charroi.

Si les bêtes qui travaillaient dans les champs n’avaient pas besoin d’être ferrées, celles qui effectuaient des transports sur les routes empierrées devaient être ferrées comme les chevaux.

Le métier de forgeron se déclinait en plusieurs spécialités : maréchal-ferrant, serrurier, faiseur de cercles, faiseur de charrue, maréchal, chaudronnier, maréchal des forges. Souvent le forgeron cumulait plusieurs de ces métiers mais le terme désigne avant tout le fabricant d’outil, pour les autres artisans et les agriculteurs.

Il existait trois forgerons à Mouguerre :

– M. COURTIAGUE au Bourg ;

– M. LESBURGUÈRES au quartier du Port ;

– M. HACHACQ à Elizaberry.

 
Pour plusieurs raisons, outre leur personnalité propre, ils étaient considérés comme des notables de la commune :

– tous les agriculteurs et la plupart des autres artisans avaient besoin de leur compétence ; tout le monde venait recourir à leurs services soit pour ferrer un animal, soit pour réparer un outil, ou plus simplement pour remettre en état un ustensile de cuisine ;

– c’était un métier « noble », peu accessible à la majorité des villageois car l’investissement financier était lourd ;

– la forge, lieu correctement chauffé en hiver, servait de point de rencontre et d’information pour les habitants du Bourg et de la campagne. La forge étant le seul endroit chauffé toute la journée, il était donc naturel qu’en hiver on prenne l’habitude de s’y retrouver pour y discuter au chaud, qu’elle joue accessoirement le rôle de débit de boissons, et que cette habitude perdure toute l’année. Le forgeron finissait par connaître toutes les nouvelles de sa région et devenait en quelque sorte la gazette du village.

Les éléments principaux de la forge étaient le foyer où le feu était activé par un soufflet en cuir et en bois actionné à la main, et l’enclume.

Le fer, livré en barre, était plongé dans les charbons du foyer et commençait à rougir. Le forgeron le sortait du feu au moyen d’une de ses nombreuses pinces, puis il le maintenait sur l’enclume et le frappait au marteau pour lui donner la forme appropriée.

Outre les pinces (de différentes tailles), son outillage se composait d’étaux, de masses et marteaux de tailles variées, à tête ronde ou plate, de tenailles, ciseaux, poinçons, tranches, chasses, étampes et limes.

Depuis que l’homme vit en compagnie du cheval, le maréchal-ferrant a exercé son art. Il a été présent dans chaque ville et dans chaque village. Sachant qu’il ferrait les chevaux, mais aussi les ânes et les bœufs de trait et que chaque village comptait plusieurs centaines d’animaux, on imagine que le métier était très développé, essentiellement dans les régions de grandes cultures, mais aussi, plus tard, dans les villes avec l’avènement des diligences et autres omnibus.

Pourtant après la Seconde Guerre Mondiale les maréchaux-ferrants durent se reconvertir en mécaniciens ou éteindre leurs feux.

 

Un travail essentiel et soigné : le ferrage des animaux de trait

La pose d’un fer demandait attention et délicatesse ou plutôt précision car il ne s’agit pas seulement de protéger le sabot ; un cheval bien ferré décuple sa force en adhérant convenablement au sol. Un bon maréchal-ferrant n’utilisait que les fers qu’il avait lui-même forgés.

Le premier travail consistait à enlever l’ancien fer. Pour cela le maréchal-ferrant utilisait les tricoises, sortes de tenailles à long manche. Ensuite l’excédent de corne était enlevé avec le boutoir et le « rogne-pied », outils formés d’une lame, en s’aidant de la mailloche qui est le marteau typique du maréchal-ferrant (aussi appelé brochoir ou marteau à ferrer). Pour terminer le parage du sabot, le dessous était nettoyé avec la rainette et les côtés limés avec la râpe.

Pendant ce temps, le fer chauffait dans la forge ; il était à la bonne température lorsqu’il devenait d’un rouge soutenu. Le maréchal-ferrant l’ajustait alors sur le sabot, opération caractérisée par l’odeur de la corne brûlée. Au besoin, le fer était ajusté, puis, il était mis en place et broché avec des clous à tête carrée. Il fallait enfoncer les clous sans blesser le cheval. Les pointes des clous étaient ensuite coupées et la partie restante repliée dans le sabot. Un dernier coup de râpe pour la finition…

Il fallait compter environ 20 minutes par fer. Quand l’ouvrage était terminé, le maréchal-ferrant regardait toujours le cheval partir pour s’assurer que le travail était correct.

Le plus souvent, le ferrage s’effectuait librement avec un animal docile. Pour les animaux plus difficiles, le maréchal-ferrant utilisait le travail. Sans constituer réellement un outil, le travail, aussi appelé « travail à ferrer », était un bâti dans lequel on entravait le cheval à l’aide de sangles.

Les chevaux n’étaient pas les seuls à fréquenter la forge. On ferrait aussi les mulets, les ânes et les bœufs de transport. Les fers, différents de ceux des chevaux, étaient forgés spécialement pour leur donner la forme adaptée au pied des bœufs. La pose des fers était elle aussi différente ; l’animal ne pouvant pas être maintenu sur trois pattes, on utilisait un portique couvert comportant de larges sangles actionnées par un treuil que l’on passait sous le bœuf pour le soulever.

Le forgeron pouvait aussi apporter des soins au pelage, à la crinière et à la queue des animaux ; il s’intéressait aussi à leur santé et pouvait signaler quelques défauts d’âge ou signes de maladies.

Autrefois, il n’y a pas si longtemps, la femme vivait dans l’ombre de son époux, à ses côtés quelquefois, derrière lui le plus souvent. Elle s’activait du matin au soir dans l’atelier paternel à poisser le fil de chanvre ou à émoucheter le cheval à ferrer, sans salaire ni merci. Tout en élevant les enfants, tout en veillant à la parcimonie domestique sans que quiconque ne puisse en souffrir, elle secondait son époux, le soulageait dans sa tâche, effacée mais efficace. Professionnellement, une femme n’existait que par son compagnon, à moins qu’elle n’exerça une besogne spécifiquement féminine : activités de petites mains, travaux d’aiguilles ou occupations liées à la progéniture.

 

Le sabotier

Il n’est pas si loin le temps où claquaient lourdement dans les étables les sabots de nos paysans. Mais la mécanisation est passée par là portant un coup fatal à cette activité traditionnelle.

En 1841, Durod met au point la première machine à fabriquer ces souliers de bois.

Cette mécanisation est suivie d’une politique fiscale puis au cours de la Troisième République une nouvelle forme de sabot voit le jour : la Galoche.

Les sabots se fabriquaient dans du bouleau, de l’orme, du hêtre ou de l’acacia ; le sabot de luxe dans le noyer. Le peuplier était utilisé pour les sabots de mariniers car il évitait de glisser. Chêne et frêne étaient proscrits car trop lourds. Les sabots étaient taillés dans des billes de trente-cinq centimètres de long (ce qui correspond à la pointure de 45). Le sabotier allait fréquemment chercher lui-même dans les forêts le bois qu’il utilisait.

Une fois les billes débitées, le sabotier dégrossissait la forme à la hache. Il se servait ensuite de l’herminette pour dégager le talon, puis du paroir (sorte de lame tranchante de 80 cm), pour donner la forme extérieure au sabot. Le creusage s’effectuait à la tarière, sorte de vrille de 40 cm, puis se terminait à la cuiller. Le boutoir et la ruine permettaient d’accéder au fond du sabot pour la finition.

La forme est dégrossie à la hache ou au paroir et le trou creusé avec une mèche. Un sabotier expérimenté pouvait réaliser deux paires de sabots dans une journée. À la fin des années trente, le machinisme permettait la production de deux cents paires par jour.

La forme des sabots variait selon les régions ; ils avaient un bout pointu dans les Pyrénées.

Si les sabots « de tous les jours » restaient sobres, ceux du dimanche étaient fréquemment vernis et ornés de dessins.

Le sabot était une chaussure saine et parfaitement isolante ; il n’était pas adapté pour aller vite mais « au pas du paysan ».

Au début des années 1950, après avoir chaussé des familles entières durant plusieurs siècles, les sabotiers rangèrent leurs grattoirs et leurs planes, vaincus par le caoutchouc tout puissant.

C’est en fait après la guerre de 1939-1945 qu’un coup fatal est porté à l’activité des sabotiers. Les chaussures et les bottes en caoutchouc font leur apparition et les agriculteurs appelés désormais à conduire des machines agricoles les adoptent très vite.

 

Cordonnier, Savetier et Sandalier

Le cordonnier fabriquait du neuf pour une clientèle aisée. Le savetier réparait les chaussures usées et cette profession a longtemps symbolisé la pauvreté, le terme « savate » ayant en France une connotation péjorative.

Extrait du Guide Patrimonial, édité par l’association Mouguerre Patrimoine et Culture

 

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