Le Corps Franc Pommies à NOUSTY – 4/4

Les parachutages.

Nous étions démobilisés, mais nous restions quand même militaires. En France, se sont constitués des Comités de Résistance. J’en ai fait partie; ils portaient le nom de « Organisation de la Résistance Armée »  qui, par la suite allaient donner naissance, sur notre secteur, au CORPS FRANC POMMIES.

Dans ce groupe de maquisards, je faisais partie d’une équipe qui s’occupait de récupérer les armes parachutées. Notre terrain de parachutage se trouvait à Espéchède. C’était une lande de touyas, de tuies.

Nous recevions des messages codés contenant les ordres en provenance de Londres, qu’une équipe de transmission nous faisait parvenir. Style de message: » Le fruit est mûr, il va tomber! » , cela voulait dire que c’était pour nous! Nous allions sur la lande d’Espéchède où nous allumions quatre bidons avec du pétrole pour nous signaler. Les avions venaient d’Angleterre, un ou deux, ils faisaient un premier passage, puis, au second, ils lâchaient les parachutes avec les containers d’armes: beaucoup de mitraillettes, fusils, grenades, plastic pour les sabotages, et un peu d’armement lourd -très peu- et surtout des bazookas (lance-fusées).

Mon travail, avec mon équipe, consistait à récupérer ce matériel pour aller le cacher au moulin d’Espéchède, chez un vieux meunier solitaire. Nous chargions sa charrette attelée à sa mule- il nous prêtait les deux – et nous cachions le contenu du parachutage dans son moulin, un grand trou recouvert de planches avec de la terre pour dissimuler le tout.

Le maquis et la première embuscade.

Le 6 Juin, dés réception du message: « Le cheval blanc d’Henri IV entreprend son voyage pour Pampelune », concernant ce qui allait devenir le Corps Franc Pommies, nous avons rejoint le maquis.

Nous avons formé une compagnie; et, sans le savoir, j’y ai retrouvé des gens de Nousty, en particulier Jean S. les frères K., Rémi et Adolphe, les frères J. et R., réfugiés lorrains depuis la présence dans cette région d’un gauleiter allemand qui gouvernait.

André C.-T. avait préparé le rassemblement dans une grange de Mr. Lagarrue, au lieu dit Le Bourouilhat.

Ce message était l’ordre d’ouvrir les hostilités contre les Allemands.

Ce que nous mîmes à exécution.

La section où était Jean S. (chef de groupe), dans notre compagnie, André C.-T. (également chef de groupe), R., les frères k. et des résistants originaires de Soumoulou ont tendu une embuscade à la côte de Soumoulou. Ce fut la première embuscade dés le 6 Juin. Embuscade à l’issue tragique, parce que les Allemands en garnison à Pau, rapidement avertis, arrivèrent avec leurs blindés et leurs camions chargés de troupes.

Mon commandant de compagnie me désigna pour aller faire une reconnaissance. J’arrivai chez moi, cachait mon brassard FFI, pris une fourche sur l’épaule et me dirigeai vers le lieu de l’embuscade. Les Allemands étaient en place et mon allure ne laissait pas présager de mon état de « terroriste », car le traitement à leur  égard était plutôt terrible. Je suis monté, je suis passé.

J’ y ai appris qu’ils avaient tué Mr. B., qui habitait la première maison à gauche en montant la côte. Les Allemands sont rentrés chez lui, il n’a pas levé les bras assez vite, ils l’ont tué. Dans une autre maison voisine, le propriétaire a sauté par la fenêtre du grenier, les Allemands l’ont surpris et abattu.

Ce furent deux victimes civiles qui payèrent la réaction des Allemands.

Moi, je suis passé en vélo; les Allemands étaient disposés tous les dix mètres, mitraillette ou fusil en main, et mon allure dut les convaincre puisque l’un d’eux, qui s’était avancé, s’écarta pour me laisser passer. Pour le retour, j’empruntais un itinéraire différent pour rejoindre ma compagnie à Espéchède.

 L’embuscade d’ASSAT. Le polonais.

Par la suite, je fus amené à servir d’instructeur, compte tenu de mon passé militaire, pour une section du CFP qui se trouvait après le pont d’Assat sur la route de Lourdes, rive gauche du Gave, en vue d’une embuscade. C’était notre commandant de compagnie qui la commandait.

Ils avaient à leur disposition des grenades dont ils ignoraient l’usage, vu qu’il n’y avait parmi eux aucun ancien militaire. Comme il est d’usage dans le conditionnement des explosifs, on sépare le détonateur de l’explosif lui-même. Le chef de section qui dirigeait l’embuscade lance un message disant qu’ils ont essayé ces grenades, mais aucune ne fonctionne. Le capitaine me désigne pour aller me rendre compte du problème. Il s’agissait donc de grenades anglaises telles que je les avais réceptionnées lors d’un récent parachutage. Sauf que le bouchon allumeur faisait défaut! Ceux-ci étaient conditionnés à part dans des caisses de zinc. Il fallut donc reconstituer l’ensemble pour qu’elles soient opérationnelles.

Il y avait dans les parages un vieux monsieur, en train de pêcher, qui avait fait la guerre de 14-18 et qui est venu nous réclamer une arme, en disant : »Jai fait la guerre de 14-18 et je veux me battre avec vous! »

C’est le moment qu’ont choisi les Allemands pour arriver.

J’avais fait remanier le dispositif de l’embuscade de façon à ce que le fusil mitrailleur en haut de la côte puisse prendre la colonne allemande en enfilade. Le reste de la compagnie était disposé sur les côtés de la route avec les mitraillettes et les grenades de façon à bien arroser tout le convoi. L’engagement a eu lieu comme prévu, mais la réaction ennemi ne s’est pas faite attendre: une colonne blindée a été prévenue par radio et il a fallu décrocher. Avec deux hommes, j’ai traversé la route et enjambé un petit parapet qui existe toujours. Là, je vois un soldat allemand qui se lève et me tend son fusil. C’était un Polonais enrôlé de force dans l’armée allemande. Il nous a suivi, il a enlevé son casque, s’est déshabillé, s’est mis torse nu. Nous lui avons procuré des habits et il a fait tout le maquis avec nous.

Les pertes allemandes se chiffraient à 57 morts, ce qui était énorme! Le sang coulait comme un petit ruisseau sur la route. Les Allemands sont restés là pendant 48 heures.

Je suis revenu pour voir avec deux autres camarades, en traversant le Gave à Baudreix. Les Allemands y étaient encore, ils gardaient l’endroit, ils cherchaient des armes, tout ce qui pouvait être caché. Puis ils sont partis.

 LALONQUE. A Nousty, les deux sœurs.

La compagnie où servaient Jean S. et André C.-T. opérait ensuite du côté de Lalonque et Lalonquette. Cette compagnie était commandée par le capitaine H., nom de guerre « RENARD ».

 Un jour que j’étais redescendu chez moi pour venir nettoyer les bêtes – ma mère veuve était seule- je vis venir à ma rencontre Mr. G. qui avait appris que j’étais chez moi à ce moment-là. Il me dit: « Il y a Rose et sa sœur qui sont devant le Temple. »

Au Temple résidait un Sarrois qui était arrivé avec les réfugiés lorrains, mais il se trouve que cet homme était aussi un espion allemand. Il avait déjà dénoncé les maquisards.

Je dis à G.: » Va en haut de Gomer derrière chez Monsieur Lamazou-Betbeder, tu montes au chemin d’HenriIV, tu prends le premier chemin à droite après le chemin d’Henri IV, ma compagnie est là; dis-leur de venir. » Ils ont envoyé un groupe et nous allons récupérer les deux sœurs.

Elles avaient dénoncé tous les résistants, ce qui avait valu la visite des Allemands chez C.-T., chez moi, chez S.,

 Je rejoins le maquis avec les deux sœurs (l’autre s’appelait Quinta ) où elles furent occupés à divers travaux de ménage (pluches, cuisine).

Il y avait un jeune capitaine qui commandait la compagnie, c’était un aspirant d’active qui avait pris les galons de capitaine, un gars très bien -il fut tué quelques jours après- qui décida de se débarrasser de ces filles. Il y eut un jugement et elles furent condamnées à mort.

Il fut décidé de les conduire à Pau, sous le prétexte qu’ après avoir travaillé pour les Allemands, il s’agissait maintenant de faire la même chose pour les maquisards, à savoir écouter dans les cafés et les bars pour tenter de savoir ce qui  se disait, ce qu’il se passait. Deux maquisards furent chargés de cette corvée avec des ordres précis pour cette situation. Arrivés à Lescar, sous prétexte de l’heure trop matinale, ils proposèrent d’aller se promener le long du Gave. Ils les firent passer devant, les abattirent et les poussèrent dans le Gave.

Souvenir douloureux, sauvage, mais à la mesure du temps.

 Constitution d’une unité régulière.

A la libération de Pau, le CFP s’est rassemblé. Furent renvoyés ceux qui n’étaient pas aptes à continuer le combat et une unité régulière fut constituée. Cette unité fut acheminée par chemin de fer depuis Mauléon à travers toute la France; ce fut un long parcours qui dura huit jours pour atteindre la zone des armées.

Nous avons débarqué à Grey en Haute-Saône où le corps fut reformé à nouveau après avoir touché du matériel américain, des habits qui restaient de l’armée française. Et cette unité a pris le nom de 49ème Régiment d’Infanterie, intégré au sein de la 3ème Division d’Infanterie Algérienne.

Campagne des Vosges.

A partir de ce moment, nous avons participé à la majeure partie de la campagne des Vosges, au col de Bussan, du côté de Remiremont, où eurent lieu les premiers accrochages avec les Allemands.

Nous avons eu un nombre important de morts et de blessés, dont le chef de bataillon De C., commandant venu du 2ème Hussards de Tarbes.

 L’ALSACE et la traversée du RHIN.

Des Vosges, nous sommes passés en Alsace. Le régiment a été de nouveau reformé de manière à ne conserver dans cette unité que les fantassins. Ainsi S., qui venait du Génie, et C.-T., des Hussards ont été renvoyés dans leurs armes respectives.

J’ai donc commandé un groupe de combat qui a participé à la Libération de l’Alsace, liquidé la poche de Colmar, traversé le Rhin à GUEMERCHEIM et à SPIRE. Je me souviens de la traversée du Rhin: c’était le jour de mes 22 ans. Sur une petite barque, nous avons atteint de l’autre côté les fortifications de la ligne SIGFRIED, qui était le pendant, côté allemand, de la ligne Maginot, côté français.

Nous l’avons franchie grâce à l’attaque des goums marocains qui étaient sur notre droite.

Nous nous sommes emparés sur la gauche de la Forêt Noire, sur la route de Stuttgart d’une grande ville appelée SFORZEIM qui était la capitale des montres. C’était une véritable aubaine pour ces soldats qui cherchaient dans la ville des magasins d’horlogerie pour se procurer des montres; d’autres étaient à la recherche de rasoirs, les rasoirs Solingen, petits rasoirs à manche blanc trés affutés.

 STUTTGART.

Anecdotes.

Nous avons attaqué Stuttgart; nous avons eu beaucoup de pertes.

Je dirigeais à ce moment-là un groupe de combat de 13 hommes; je n’étais que caporal mais je faisais office de sergent. A 15 km de Stuttgart, on me confie la mission de pénétrer dans une grande propriété, c’était un grand château entouré d’une grand grille. Nous franchissons la grille et pénétrons dans le château. Je reçois l’ordre d’y rester jusqu’à ce que l’on me rappelle. En me promenant dans le parc, j’aperçois deux petites chèvres blanches attachées à un pommier. Mes origines paysannes reprennent le dessus et je m’approche pour les caresser. L’une d’elles avait une petit sonnette au cou, je la regarde d’un peu plus prés et j’aperçois gravé en relief: « A Paris! ». Mon sang ne fait qu’un tour, je coupe le lien qui retient la sonnette avec mon poignard commando en m’écriant: « Comment: A Paris! Et bien ce sera à Nousty! De toute façon ça se ressemble! » Je l’ai toujours conservé à la maison!

A la recherche de nourriture, nous avons découvert un troupeau d’oies blanches. Un fois tuées, il fallait les plumer; nous avons donc dû trouver du personnel pour cette corvée. A ce moment-là est arrivée la châtelaine ou comtesse, peu importe, avec des gants qui lui arrivaient au coude. Nous lui avons dit qu’il fallait plumer ces oies – il y en avait une douzaine. Elle nous répondit qu’elle allait chercher le personnel pour s’acquitter de cette tâche. Il y avait dans mon groupe, un dénommé A. de Cherraute, qui lui déclara vertement en patois: « Bielhe p…, toi comme les autres, tu vas plumer! » Elle dut s’exécuter! »

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