Le Corps Franc Pommies à NOUSTY – 3/4

A la déclaration de la guerre, mes parents, mon frère, ma sœur et moi-même, ainsi que tout le village de STRING-WENDEL, nous nous sommes réfugiés dans le Pas-de-Calais, à Hersin-Coupigny. Nous avons été logés dans des maisons réquisitionnées. Très peu de temps après, les autorités nous ont envoyés, par train, dans les Charentes-Inférieures (à l’époque ; aujourd’hui Maritimes) à Dampierre-sur-Boutonne. Là, avec mon frère Rémy, âgé de 17 ans, nous avons travaillé dans une carrière pour extraire des cailloux nécessaires à la construction des routes.

Quelques mois plus tard, nous sommes envoyés chez nous, à Stiring-Wendel, pour reconstruire les maisons.

Un jour, la Gestapo est venue me chercher sur les lieux de mon travail, et à la Kommandantur, les Allemands m’ont questionné, giflé même pour me faire avouer avoir tenu, avec d’autres réfugiés, en Charente, des propos antiallemands. Bien-sûr, je n’ai jamais rien avoué. De ce fait, un groupe de le Gestapo est allé chercher ma famille à notre domicile, ainsi que mon frère à son travail et évidemment les autres familles de réfugiés suspectes. Il va sans dire que les trois ou quatre mouchards sont restés chez nous.

Encore une fois, par camions, on nous dirige sur la gare d’Elme pour une destination inconnue.

A St. Lizieux, une sélection a été effectuée par la Gestapo; plusieurs familles sont dirigées vers Nousty, quant aux autres je ne connais pas leur destination.

Un jour, nous arrivons donc à Nousty. Nous sommes accueillis par le maire,M SARTHOU.

 Un premier repas a été donné par différentes familles de Nousty aux réfugiés, presque « étrangers », que nous étions. Nous avons été logés dans des familles d’accueil. Pour notre part, nous sommes reçus chaleureusement chez Monsieur et Madame C., à la boulangerie.

Avec mon frère Rémy et une douzaine de réfugiés, nous travaillons à la mine de Nousty, pour extraire du minerai pour le compte de l’entreprise l’OSSEL Quelques mois après, Robert J. et moi-même, nous nous engageons comme requis civils à la police de PAU. Le 6 Juin 1944, Robert J. est venu nous chercher, Rémy et moi, le matin à 6 heures, pour rejoindre le maquis. Jean S. s’est joint à notre groupe. Le chef de section C. – dit « Lumière » – du Corps Franc POMMIES, compagnie RENARD, nous dirige.

Notre nouvelle vie de maquisards s’organise; nous dormons à la belle étoile, parfois dans une grange; nos repas se composent de ravitaillement procuré auprès des fermiers complaisants.

Le 8 Juin 1944, sous le commandement de C., nous organisons une embuscade

Pour mener à bien cette embuscade, nous demandons au patron de l’entreprise l’OSSEL, un gros câble. Celui-ci fut le principal artisan de l’action menée.

Nos autres journées se passent à parcourir la campagne à travers champs, bois, mais toujours en se cachant du « mouchard » avion allemand qui est à notre recherche.

 Après l’embuscade, nous avons marché toute la nuit. Au petit matin, nous nous sommes retrouvés à quelques pas de PORTET où des Allemands fusillent 10 à 15 maquisards. Notre P.C se situe à MONASSUT. Nous attendons pendant une nuit de nouveaux ordres. Le P.C se déplace à Lonçon.

Nous marchons une nouvelle fois toute la nuit.

De Lonçon, mon camarade Robert J., R. de Jurançon et moi-même sommes revenus à Nousty, à la suite de rumeurs disant que la milice s’était installée dans ce village. Hélas, à notre arrivée, elle est déjà repartie. Nous sommes à Nousty le matin à 8 heures et assez désappointés de ne pouvoir mener à bien notre mission. Toutefois notre déplacement ne s’est pas avéré inutile: en effet, nous avons fait prisonnier un Sarrois dénommé « DE TEMPLE », du nom du lieu dans lequel il résidait.

DE TEMPLE, qui, de sa condition de chaudronnier avait accès dans les fermes du village, d’où il recensait opinions, informations, au profit des Allemands. Sa capture s’est déroulée simplement.

Pendant que R. était posté dans la traction, dans l’éventualité d’un fâcheux contretemps, Robert et moi, mitraillette à la main, nous arrêtons le délateur. Ce dernier n’opposa aucune résistance. Nous avons retrouvé dans un carnet qu’il détenait, les noms de nombreuses familles de Nousty qui étaient suspectées d’être antiallemandes et par conséquent susceptibles d’être livrées à la milice. Nous avons remis notre prisonnier au commandant DE C..

  Le 15 Août 1944, sous la direction du chef de section T., on se dirige vers CHARITTE- de-BAS (Pays Basque) pour monter une autre embuscade à l’encontre d’un camion chargé d’Allemands et de ravitaillement. Nous abattons un arbre qui est placé en travers de la route et nous attendons. Ce jour-là, nous faisons un prisonnier (polonais qui s’est d’ailleurs joint aux maquisards – (il fut Baptisé « Polo », contraction aisée de sa nationalité ) une dizaine de morts ennemis. Quatre Allemands rescapés nous pourchassent; heureusement que nos jambes de 20 ans nous permettent de leur échapper en traversant le Gave et rejoindre le P.C. Très rapidement, nous nous dirigeons vers SARRANCE.

A 5 h 1/2, nous prenons en chasse l’armée allemande qui cantonne, au nombre de 300 environ, dans cette vallée, pour, bien sûr, se déplacer vers l’Espagne avec l’artillerie lourde (antichars). Notre groupe qui se compose d’une vingtaine de maquisards intercepte et attaque cette importante compagnie au FORT d’URDOS. Pris au piège dans cette gorge étroite qu’est la vallée, nous faisons prisonnière cette compagnie entière sauf les deux chefs qui préfèrent, l’un se tirer une balle dans la tête et l’autre se jeter par dessus le pont dans le Gave. Pour notre part, nous pleurons la perte de 2 camarades, un père et son fils. Les prisonniers sont remis à l’armée secrète.

 A l’issue de ce combat, nous continuons notre chasse jusqu’aux FORGES d’ABEL  et cela sous le tir des mortiers allemands qui stationnent aux Forges. A la nuit, ils ont pris la fuite par le train en direction de CANFRANC (Espagne) Nous sommes dans l’obligation d’interrompre notre poursuite et passons la nuit à URDOS. Au petit matin, notre groupe reprend la route jusqu’à la frontière. Là, deux Allemands se rendent sans arme. Notre mission étant terminée, nous nous sommes retirés à BEDOUS jusqu’au 10 Octobre.

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