Le canton d’Arzacq : Clin d’œil sur l’Histoire

Luys de Béarn , Luys de France

             Bien plus qu’une réalité géographique, ces deux rivières qui traversent le canton d’Arzacq sont la traduction de son Histoire et l’expression d’une dualité.

             Dualité entre le passé « Béarnais » de douze de ces communes et celui bien « Français » des onze autres communes qui le composent. Anomalie historique dont ne se soucièrent guère les Constituants de 1789 lorsqu’ils dessinèrent les limites de ces entités administratives souvent artificielles que sont les cantons et les départements.

 

 BEARNAIS:

            Ainsi le Canton d’Arzacq a sa partie béarnaise dont l’histoire se rattache à celle de la Vicomté de Béarn. Elle correspond de  part et d’autre du Luy de Béarn aux terrasses alluviales de Mazerolles, Uzan, Geüs et Pomps sur la rive Sud, et aux collines boisées de Lareule, Bouillon, Garos, Morlanne, et Piets, sur la rive Nord, avec une avancée jusqu’à Arget et Montagut, en direction du Luy de France. Ajoutons-y une enclave, Vignes et une pointe Riumayou.

             L’histoire de cette contrée a pour point de départ la fondation, vers l’année 995, de l’abbaye bénédictine de Lareule (La Reule) par Centullon Gaston, Vicomte du Béarn. Avec Sauvelade et Lucq, elle était, selon Marca, une des trois abbaye de la Vicomté du Béarn. Les moines entreprirent de défricher la forêt qui couvrait tout le pays (« silva » en latin, d’où « selvestrensis » puis, « Soubestre ») et donnèrent à cet endroit le nom de Regula, ou bien La Reule (la règle) à cause de la discipline régulière pratiquée dans le monastère. Prospère au Moyen-Âge, l’abbaye contrôlait alors les communautés béarnaises de Larreule, Uzan, Mazerolles et disposait de dîmes de ces communautés ainsi que de celles de Bouillon, Geüs, Arget, Piets, Moustrou…

Elle connut hélas les affres des guerres de religion au XVIè siècle, fut détruite et finalement supprimée vers la fin du XVIIIème.

             Les deux autres point forts de ce coin du Béarn, sont Garos et Morlanne.

             Garos pour avoir été au Moyen-Âge un des chefs-lieux des 19 baillages de la Vicomté de Béarn, le Baillage de Soubestre.  A coté du « baile », l’officier du Vicomte dont l’autorité en matière de justice et d’administration s’étendait sur les communautés du chef-lieu de Moustrou Arget Montagut , Castet Abidon (St Médard), Larreule, Riumayou, Bouillon et Morlanne, exerçait  un notaire chargé d’inscrire sur un registre toutes les ordonnances vicomtales applicables dans le baillage. Le recensement de 1385 ordonné en Béarn par Gaston Fébus confirme l’importance de Garos avec la population de 89 « feux » (foyer familiaux) alors que Mazerolles en a 27, Larreule 32, Lescar 156, et Pau 124! Notons en particulier que seules les communes du canton citée au début figurent dans le Recensement.

             Si Garos joue le rôle d’une administrative, celui de Morlanne est purement militaire. Le château que Gaston Fébus fit construire au XIVème siècle pour son demi-frère Arnaud-Guilhem di de Morlanne, et merveilleusement restauré aujourd’hui, est une forteresse qui, d’Orthez à Mauvezin dans les Hautes Pyrénées, en passant par Montaner, est chargée de protéger la souveraineté béarnaise face aux appétits des Roi de France et d’Angleterre. L’ Église elle-même érigée en XIIIème siècle, avec ses trois tours, et ses hauts murs, semble vouée à la guerre et la maison forte, à proximité , complète le dispositif défensif de cette pointe en Gascogne.

             Cet éclairage historique, pour si concis qu’il soit, se doit maintenant de préciser, ce qu’on attend par le SOUBESTRE.

            Selon Marca, les premières mentions du « Soubestre » apparaissent fin Xème siècle dans le Cartulaire de Saint Sever ( vers 982), sous la forme de « Silvestrum » et dans le Cartulaire de Larreule (vers 995) sous la forme « Pagus Vasconiale qui Decitur Silvestrensis » la forme moderne

« SOUBESTRE ou SAUBESTRE » apparaît en 1188.

             Mr Cuzacq ajoute : le « pagus silvestrenis » est une subdivision territoriale de la « civitas benarnsium » (beneharnum Lescar).  C’est  une région marginale et frontière confinant au Nord avec la Chalosse et le Tursan et couverte de Forêts. Ce Pagus Silvestrenis est bordé au sud par le Gave de Pau, à l’Ouest par la Civitas Aquaensium (Dax) au Nord par le Pugus Lupiniacensis (le mot veins de lupus: loup, qui donna par la suite Lubilly, Lobinhom, Lobonher, Lobigner… et finalement Louvigny, et on sait, toujours par marca, qu’en 997, Loup-Garcia se qualifiait alors Vicomte de Louvigny  : « Lupiniacensis Lupis-Garciae »

             Soubestre et Louvigny sont donc deux « pays » bien distincts tant par la géographie que par leur mouvance historique (Béarnaise pour l’un, Royale pour l’autre, tout au moins, en ce qui concerne le dernier, dès XIIIème siècle).

 

Et Français de Gascogne … ou chalossais

             Des onze communes restantes, dix composaient la Vicomté de Louvigny. Ce sont aujourd’hui Arzacq , Coublucq, Méracq, Séby, Mialos, Lonçon, Fichous (sauf Riumayou). Louvigny (et Beyrie) , Cabidos, et Malaussanne. Il faudrait y adjoindre Philondenx, aujourd’hui landaise, et Pouliacq, rattachée au canton de Thèze. Quant à la onzième Pousiugue-Bououe, autrefois dissociées, elle était Tursanaise puisque appartenant à la Baronnie de Miramont de Tursan .

             L’origine de la Vicomté de Louvigny remonte au Xème siècle, après la désagrégation du Duché de Gascogne en de multiples Vicomtés. Les démêlés du Vicomte avec le puissant voisin béarnais furent fréquents jusqu’à engendrer un sérieux conflit armé en 1232 à propos des droits respectifs sur l’abbaye de Larreule. Dans l’accord fait à Fixos (Fichous), il est précisé « que les Béarnais … sont obligés de porter les armes hors la province, en cas que ses voisins refusent de lui faire raison, suivant ce qui sera conclu et arrêté entre la Cour de Béarn et celle du voisin… »

             Des familles illustres se succédèrent à la tête de la Vicomté : les Lescun, les Foix-Lautrec, les Aydie ( ave Odet, Gouverneur Général de Guyenne en 1472) les Andoins ( dont le célèbre « Corisandre »,  au XVIième siècle) et enfin les Gramont de 1567 à 1789.

             Est-ce la notoriété de ces vicomtes que cette unité féodale dut son statut d’autonomie, puisqu’au XIVè siècle le roi de France, Philippe de Valois le reconnaît « terre de francalleu » dans une Charte datée de 1349? Ou qu’elle fut élevée au rang de comté en 1555?

             De l’imposant château-fort de Louvigny surplombant la vallée du Luy de France er où Corisandre recevait encore en 1604 les hommages de ses vassaux, il ne reste déjà plus en 1686 que « de vieilles masures où était un château » (document d’archives).

            L’œuvre destructrice de Richelieu d’une part, l’abandon par les Gramont de l’austère forteresse pour les châteaux rénovés de Bidache et d’Hagetmau et surtout les luxueux hôtels parisiens d’autre part, fournissent sûrement l’explication de cette disparition prématurée .

             Dans la vicomté de Louvigny , Arzacq tenait une place particulière. Son entrée y fut d’ailleurs tardive. Elle était en effet « Terre du Domaine Royal » et à ce titre les Rois d’Angleterre en avaient fait au XIVème siècle, durant leur présence en Aquitaine, une bastide. Les droits qu’y possédait le Roi furent sources de convoitises et de litiges avec le Vicomte voisin notamment la perception des droits de place et de hallage les jours de marché. Le marché d’Arzacq était en effet « un des plus important de Guienne » dit un texte du XVIè siècle: on y venait du Labourd, de la Navarre, de Mixe (Saint Palais) des Lannes (Landes), de l’Armagnac, et bien sûr du Béarn.

             Le commerce du sel, de la résine et des grains, puis celui des bestiaux, constituait l’essentiel des transactions qui se déroulaient sur les places, sous la Halle (aujourd’hui disparue) et des « hangars » (les galerie ouvertes »

             En matière de justice, Vicomté de Louvigny et d’Arzacq dépendaient et ceci dés le XIIIème

siècle, de la Sénéchaussée des Lannes dont le siège était à Saint-Sever. Nous étions « Chalossais ». Jusqu’à la Révolution, l’administration anglaise puis française les a ainsi régies. Il en était de même sur le plan de la juridique où la « Coutume de Saint-Sever » servait de référence, alors que les autres Communautés (béarnaise) du canton étaient assujetties au « For Béarn ».

             Par contre, dans le domaine du religieux, l’Evêché de Lescar y exerçait son autorité. C’était, ainsi que le dit Mr Cuzacq « Le Petit Lescar de France ».

             La révolution mit fin à cette situation. En créant en 1790 le département des Basses Pyrénées, aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques, et en traçant le contour du canton d’Arzacq, elle fit des gens de Louvigny et d’Arzacq de « Bon Béarnais »

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Un commentaire Ajoutez le votre

  1. brunet dit :

    Ce clin d’oeil sur l histoire rédigé avec talent par paul lavie laisse un peu de côté la formation de certaines communes, je pense par exemple à l’agrégation de Moustrou et Plasence à Piets sous Louis Philippe.
    A la même période le quartier Luyoo regroupe autour de son manoir, aujourd’hui disparu, formait un hameau distinct qui sera réuni, vers la même époque à la commune de cabidos ( et pour quelques fermes à Montagut) Je cherche des précisions là dessus et je suis preneur de toute information….Claude Brunet ( brunet64@wanadoo.fr )

  2. brunet dit :

    cette étude très intéressante laisse de côté des détails relatifs à la formation de certaines communes avec l’agrégation de Moustrou et Plasence à Piets et celle du quartier Luyoo, autour du manoir disparu, à la commune de Cabidos ( et de Montagut pour partie)…Je cherche des précisions là-dessus et je suis preneur de toute information….Claude Brunet ( brunet64@wanadoo.fr)

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