Le cadre de la vie quotidienne

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1 – L’espace de vie

Les caractéristiques des habitations basques ont été décrites dans de nombreux ouvrages. Celles de Mouguerre n’ont rien de différents et ne justifient pas une présentation particulière.

Dans le cadre de notre document, on peut toutefois noter la modification de l’urbanisme au cours des dernières années, conséquence de l’adaptation des habitants à l’évolution sociale.

Au début du XXe siècle, Mouguerre avait un habitat dispersé, même au sein de ses 3 quartiers. Du fait de sa vocation agricole, le village comptait essentiellement de vastes fermes destinées au logement de toute la famille au sens large du terme. La famille vivait en quasi autarcie et si les besoins étaient peu nombreux, car limités au strict nécessaire, leur satisfaction était dévoreuse de temps.

La dimension de l’espace de vie est conditionnée par le temps disponible, les conditions de déplacements et les moyens de transmission des informations.

Durant la période qui nous intéresse, la vétusté du réseau routier, combinée à la rareté des moyens de transports rapides, limitait les déplacements. Le faible niveau scolaire, compliqué par la coexistence des langues française et basque, le développement tardif des moyens de communication limitaient le secteur d’intérêt des Mouguertars.

De fait le tissu de relations de la plupart des familles se restreignait au voisinage immédiat. Cette situation explique en partie l’importance du 1er voisin et l’attachement sentimental au quartier.

Nous avons évoqué l’état du réseau routier et les moyens de déplacement dans le chapitre I. En ce qui concerne la transmission et l’échange des informations, nous avons retenu les éléments suivants :

Les informations étaient recueillies ou transmises oralement sur les lieux privilégiés pour les échanges. Les hommes se retrouvaient chez le forgeron, autour d’un verre de paillet (mélange de vin rouge et de vin blanc). Les lavoirs étaient le lieu privilégié des femmes qui passaient en revue les faits et gestes de chacun, tout en assurant un rythme de travail soutenu.

Les rassemblements dominicaux, à la fin de l’office religieux, ainsi que les marchés, sont devenus les lieux traditionnels d’information.

Les informations officielles faisaient l’objet d’une annonce faite par le crieur public devant les églises du Bourg et d’Elizaberry à la sortie de la messe.

S’il est difficile de quantifier l’importance des échanges d’informations lors de ces rassemblements hebdomadaires (comme la messe), ou occasionnels (comme les obsèques) il est impossible de ne pas les considérer comme éléments motivants à la fréquentation de ces manifestations.

La presse écrite fit son apparition au début du XXe siècle, et mit de nombreuses années pour imposer sa présence. Elle dut attendre les résultats concrets des efforts de l’État dans le domaine de l’instruction. Pendant des décennies, malgré la multiplicité des journaux existants, elle resta le domaine d’une minorité socioprofessionnelle (curés, châtelains, fonctionnaires, commerçants et propriétaires aisés). Trop occupés en semaine, paysans et ouvriers achètent le journal les jours de marché ou le dimanche.

Les journaux que l’on pouvait lire à Mouguerre durant la première moitié du siècle étaient : le Matin, le Journal, La Croix, la Petite Gironde, le Mémorial, le Patriote, le Courrier de Bayonne, la Semaine de Bayonne…

Il semble que le journal le plus lu entre les deux guerres soit La Petite Gironde.

Il est à noter qu’après la 1re Guerre Mondiale, les débits de boissons se multiplient répondant à un besoin de plus en plus grand d’information des Français. Le quartier du Port, traversé par la route d’Urt, en compte 5 dans les années 1930 (Bigot, Titt, Martin, Magné et le forgeron Lesburguère) tandis qu’au Bourg, les hommes se retrouvent chez Darricau ou chez le forgeron Courtiague.

Les premiers postes radios à lampe datent des années 1920-1930. Parmi les premiers utilisateurs les propriétaires de bars qui, pendant le Tour de France, affichaient chaque jour sur une ardoise les résultats de l’étape.

La T.S.F. s’est réellement développée après la Deuxième Guerre Mondiale. Les postes trônaient sur le buffet de la cuisine. Ce n’était pas encore le temps de la musique d’ambiance et le poste n’était allumé que peu de temps dans la journée (pour les informations, la météo et, pour certains, au moment d’émissions culturelles comme « la Tribune de l’Histoire » d’Alain Decaux et André Castelot). L’écoute de la radio nécessitant une grande concentration et une absence de bruits perturbateurs, elle n’eut que très peu d’impact dans les campagnes notamment sur le déroulement des veillées, si ce n’est l’apport de sujets de conversation supplémentaires.

Les premiers téléviseurs (en noir et blanc) font leur apparition dans les années 1940. Quelques vingt ans plus tard ils constitueront un élément indispensable dans la vie des familles, modifiant en profondeur le mode de vie traditionnel et les rapports intergénérationnels des familles.

2 – La répartition des tâches

La simple satisfaction des besoins élémentaires imposait au sein des familles une répartition des taches à laquelle nul n’échappait. L’arrivée de l’eau et de l’électricité dans les maisons a changé notre vie au point qu’il est difficile d’imaginer la vie sans elles au début du siècle dernier. Mais c’est dans la prise ou non prise en compte de cet élément, que se situent notamment les causes des problèmes de générations que nous connaissons.

Le meilleur exemple pour illustrer notre propos est celui de l’utilisation de l’eau et, en amont, de sa récupération.

3 – Les problèmes de l’eau

La question de l’eau mérite quelque attention tant elle se posait différemment à nos aïeuls dans ce sens qu’elle n’était pas courante mais qu’au contraire ce sont eux qui devaient aller la chercher. Que d’efforts demandés pour aller la récupérer à plusieurs centaines de mètres, manœuvrer la pompe à balancier ou tourner le treuil afin de remonter le seau du puits, enfin ramener à bouts de bras des seilles lourdement chargées. Ces contraintes expliquent l’approche différente de la notion d’hygiène entre les générations successives. Comme l’indique Beñat Lavigne dans son étude sur les lavoirs-fontaines, à Mouguerre le réseau d’eau courante n’a été réalisé que dans la deuxième moitié du XXe siècle. Jusque-là on récupérait l’eau dans les puits ou les multiples sources collinaires. Les eaux de pluies étaient récupérées dans des réservoirs maçonnés ou métalliques.

  •       L’hygiène corporelle

Si certains se lavaient chaque jour, à leur lever et en rentrant du travail, cette habitude n’était pas généralisée au début du XXe siècle. Il n’existait d’ailleurs aucun équipement spécifique dans les maisons. Sans chauffage, à l’eau froide, et sans une pièce pour s’isoler alors que la pudeur était très forte, il fallait une grande motivation pour s’astreindre à une toilette approfondie. Pour beaucoup, la toilette se limitait au minimum, c’est-à-dire se peigner et se laver succinctement les dimanches et jours de fête. Pour la toilette, la plupart du temps on utilisait une bassine, parfois un simple bol, que l’on posait sur le rebord de la fenêtre afin d’y tremper sa serviette. Toutes les familles possédaient une grande bassine réservée à la toilette. L’eau était chauffée sur le poêle à bois ou dans une cheminée et chacun se lavait à son tour (les hommes en premier) sans que l’eau ne soit changée. On se contentait de rajouter un peu d’eau chaude. Souvent, après le dernier bain, l’eau était utilisée pour la vaisselle, puis, enrichie des restes de la préparation du repas, donnée en nourriture aux animaux.

Il n’y avait pas de coiffeur patenté à Mouguerre. Quelques particuliers exerçaient le métier en complément de leur travail. Dès 1920, l’hygiène fait partie du programme scolaire mais les améliorations ne se feront sentir qu’une dizaine d’années après.

  •       L’hygiène vestimentaire

Le linge avait une grande importance au début du siècle. Il était le signe de richesse d’une bonne maîtresse de maison. Il était beau dans sa rusticité, de matière noble (linge tissé au pays puis linge métis et beau fil réservé à la bourgeoisie). Il était la fierté de la femme à la campagne, son domaine exclusif, aussi avait-elle le souci de bien l’entretenir. De qualité il servait à plusieurs générations.

Le paysan possède deux bérets : celui du travail et celui du dimanche. Le jeune garçon aura son premier beau costume pour sa communion solennelle. Il le portera longtemps même avec les manches et les jambes courtes.

  •       L’entretien du linge et des vêtements

L’entretien du linge est une tâche importante car le linge doit durer. Les draps, à deux ou trois laies, sont reliés par un surjet très fin qui sera décousu ce qui permet de « les retourner » quand ils ont usés au milieu afin que les bords prennent leur place. Tout le linge de maison est régulièrement reprisé quand il devient « clair » avant les trous ; les grosses chaussettes, tricotées le soir à la veillée, sont, elles aussi, consolidées : talons et pointes sont refaits avec de la laine ; les chandails sont détricotés ; la laine lavée et mise en écheveau permet de les refaire. Quand les vêtements sont vraiment trop usés, ils servent pour les travaux des champs, surtout par temps de pluie. Les vêtements du dimanche sont immédiatement enlevés de retour à la métairie, de même que le soir les écoliers rentrant de l’école quittent leur beau tablier pour mettre un vieux. Ainsi les vêtements durent ; on se les passe en famille comme plus tard les souliers et les galoches (même si la pointure est parfois différente).

Les chaussures sont ressemelées plusieurs fois par le cordonnier du village ; les dessous des sabots sont ferrés ou munis de bandes de caoutchouc pour durer plus longtemps. Les vieilles sandales usagées sont portées en « socque » après avoir laissé les sabots à l’entrée de la maison.

  • La « corvée » du lavoir

Le lavoir communal comptait parfois 5 à 6 femmes en besogne. Certaines s’affairaient, brosse à la main ; d’autres se prosternaient dans un panier garni de paille ; d’autres enfin s’agenouillaient derrière les larges planches du rebord qui s’enfonçaient dans le cours d’eau. Elles rinçaient dans l’eau courante. L’essorage des grandes étoffes se faisait au battoir.

La lessive était sans nul doute un travail pénible mais c’était aussi un moment clé de la journée pour l’information et la convivialité ; de fait le lavoir jouait auprès des femmes le même rôle que l’atelier du forgeron pour les hommes : celui du « journal parlé mouguertar ».

  •       Les journées de grande lessive

Vers 1920, le linge n’était décrassé que deux fois par an, en avril et en octobre. Ces longues échéances nécessitaient une grande réserve de literies et d’effets de corps. Chaque maison recelait une montagne de draps, de taies, de torchons, de mouchoirs…

Le lavage se faisait à la cendre de bois, et pas n’importe laquelle ; ainsi écartait-on celle de chêne et de châtaignier dont le tanin aurait taché le linge. Un sachet contenant deux ou trois boules de bleu plongé dans l’eau de rinçage rendait le blanc si étincelant qu’on ne pouvait le regarder au soleil sans cligner des yeux. Et puis on usait de quelques bons trucs. Chaque lavandière savait que des racines de saponaire ajoutées à la charrée valaient le meilleur des assouplissants, que les rhizomes d’iris parfumaient délicieusement la lessive.

Le premier jour était consacré à l’essange et au trempage. La laveuse débourrait le linge d’un rapide savonnage et d’un coup de brosse ; ensuite elle le rinçait et le tire-bouchonnait en boudins qu’elle jetait dans le baquet. Lorsque le linge lui paraissait vraiment sale, elle le laissait macérer dans les cuviers durant la nuit.

La véritable lessive s’effectuait le lendemain. Il s’agissait d’une besogne harassante qui rompait les bras et endolorissait les reins. L’agencement de cette laverie occasionnelle avait de quoi surprendre. Du haut de son trépied, le cuvier ouvrait sa bonde sur une gouttière par laquelle son eau s’écoulait dans la casse de la chaudière où elle bouillait et rebouillait. Au fond du cuvier, un vieux drap destiné à finir en torchons, puis un sac de cendre bien ficelé ; réparti dessus, jusqu’à ras bords, le linge débouchonné. Avec une puisette à long manche, la laveuse retirait l’eau bouillante de la casse pour la reverser dans le cuvier. Cette eau traversait le linge et la cendre avant de s’échapper par la gouttière et de retourner dans la casse d’où elle était repuisée et reversée sur le linge. L’échaudage ne cessait qu’au moment où les lavures ressortaient brûlantes de la bonde. Plus tard la cendre fut remplacée par des cristaux de soude qu’on achetait en paquet d’un kilo.

Extrait du Guide Patrimonial, édité par l’association Mouguerre Patrimoine et Culture

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