La plus belle fête de l’année

Version basque

Samedi nous tuons le cochon. La maison est animée.

Tout d’abord nettoyer et préparer les pots en grès, à graisse de l’année dernière, ainsi que les bocaux en verre et les caoutchoucs. La veille (vendredi) peler et peser l’ail et les oignons. Mettre les oignons dans une marmite, couvrir d’eau. Faire bouillir au minimum 1h, les égoutter et pour les ressuyer les mettre dans un torchon, et suspendre ce dernier, dehors, dans une branche d’arbre et le laisser toute la nuit, afin que toute l’eau s’évapore .

 

 

Samedi, tôt le matin, la lumière est allumée dans la cuisine, et dans la maison chacun s’occupe a son travail avec vivacité. Les hommes de la maison installent la table « qui sert à tuer le cochon », les voisins sont là, et surtout, Betiri notre « tueur de cochon », le principal, est arrivé, peut-être un peu nerveux, mais droit et prêt a travailler. De toute façon, la bonne humeur se fait entendre dans la conversation des gens.

Sur la table qui sert à tuer le cochon, nos hommes l’ installent avec adresse, attachent les pattes avec une corde, maitrisent l’animal : Ieep !!! prêt !!! la maîtresse de maison s’approche avec une bassine pour recueillir le sang, et au même moment BETIRI enfonce le grand couteau dans la veine du cou, et comme à l’habitude il a bien réussi le coup.Voilà notre cochon mort, et le sang nécessaire récupéré pour faire les boudins.

Les hommes brûlent la peau du cochon avec de la paille et la grattent avec un couteau d’acier à lame plate. Je la sens encore, la bonne odeur de la couenne brulée… Ensuite « Betiri » avec le couteau à viande, ouvre le cochon en deux, le vide et les femmes récupèrent les boyaux, vont les laver à la rivière. Les boyaux sont utilisés pour remplir les boudins.

Pendant ce temps, dans la cuisine, la maîtresse de maison prépare sagement et avec goût le petit déjeuner, jambon et œuf, et une saucisse par personne. Bien sûr …!!! on a gardé, pour cette journée spéciale, quelques réserves du cochon de l’année dernière!!!!!!!!! cela va de soi !!!!!

Un peu de fromage… et quel fromage !!! un bon fromage brebis de berger, goûteux et tout en finesse, puis arrive le tour du dessert sans oublier le café !!! et oui…!!, la coutume veut que, ce jour là, l’on mange les « merveilles ». Et je dois avouer que ces dernières font du bien à notre gourmandise. Une… deux.. trois… impossible de s’arrêter tellement elles sont bonnes.

Il va sans dire que nos cuisinières sont ravies et plutôt fières .

Ce sont des doux souvenirs d’enfance inoubliables. Le soir du jour du « cochon », maman préparait un bon petit souper. « BETIRI » était l’invité de la maison. Je me souviens comment ce dernier racontait sa vie, avec ses hauts et ses bas, tous les petits boulots qu’il effectuait, et sa famille de 10 enfants qu’il avait élevé humblement. Les larmes lui venaient et le temps de les essuyer, là… « l’averse » est passée, disait-il. La force et la gaité de cet homme nous apaisaient. Nous vivions des douces soirées, et, par la suite, sur 9 frères et sœurs que nous sommes, 7 ont continué à tuer le cochon chez eux, maman a ouvert le sillon et les bonnes choses doivent se transmettre !!!

Entre les frères, sœurs, enfants, neveux, nous nous retrouvions, une quarantaine autour de la table familiale, pour goûter le boudin. Mus*… guitare et chant.. aidés du « Xaramela »**. L’après-midi passait sans s’en rendre compte. Le soir, pour le souper, les restes du midi étaient servis naturellement, chants et guitare, nous voila emportés , par la douce ambiance joyeuse de la soirée. Mais voilà c’est ainsi, il faut savoir laisser les bons moments, chacun rentrait chez soi, jeunes, enfants, à l’école, les adultes au travail, se souvenant… Demain est un autre jour !!!!!!!!!!!!! .

De toutes façons nous savions que la saison du « jour du cochon » était arrivée, car sur la place du village on entendait les enfants imiter les couinements du cochon et jouer à attraper ce dernier en criant et en courant. Sur, il y avait de la vie sur la place des villages !!!!

 

La saison est finie ; le curé du village pose cette question aux enfants au catéchisme : 

  • Quelle est la plus belle fête de l’année ?

  • Moi je sais …

  • Oui vas-y Pettan …

  • Monsieur le curé, chez nous, toujours c’est le jour où « on tue le cochon ».

 

Ditzazou

 

* jeu de cartes

** recueil de chants basque.

 

Jeanne Duhalde – 28/01/2013

 

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