La difficile naissance de l’école du Port

Bernard Lavigne nous raconte la difficile naissance de l’école du Port.

Nous sommes tout au début des années 1900. Alors que les gouvernements successifs de l’État imposent aux communes l’application des lois portant sur l’instruction publique des enfants (1) la commune de Mouguerre a le plus grand mal à s’exécuter. Comme la majorité des communes rurales, elle ne dispose pas de locaux destinés à cet usage et, faute de moyens financiers, elle ne peut entreprendre la construction d’écoles. De plus, son étendue exige un minimum de trois établissements scolaires, nos chères têtes blondes devant gagner leurs classes à pied.

Nous conterons ici les difficultés rencontrées par la municipalité dans le quartier du Port, connues grâce aux comptes rendus des conseils municipaux et aux témoignages des anciens du quartier.

Alors que le Port connaît un accroissement notable de population suite à l’installation de la première saline, tout à côté du canal Portou, (2) la municipalité se voit dans l’obligation de louer une maison à un particulier pour assurer la première rentrée scolaire de son histoire. Le 31 août 1901, M. Louis Durdeyte loue la maison appelée Saint-Julien pour y installer la première école. Cette maison aujourd’hui disparue se trouvait dans le voisinage immédiat de l’ancienne saline Marcheville et Daguin, lieu occupé aujourd’hui par les Ets Colomès.

Cette location suffira, à défaut de mieux, pendant une vingtaine d’années jusqu’à ce que le bailleur exprime le souhait de récupérer son bien. La commune ne lui donne pas satisfaction, faute d’alternative. Cette requête fait cependant bouger les choses et en 1922, une parcelle est achetée à M. Célestin Larrodé en vue de construire cette école de plus en plus nécessaire. C’est la parcelle sur laquelle est construite l’école communale actuelle du Port. Il y a bien un défaut à cet emplacement : il est situé juste en face d’une auberge fréquentée par les ouvriers de la saline, voisinage interdit par la loi (à l’extrémité de la maison Portou Berri). À l’ouverture de l’école il sera demandé à son exploitant M. Martin Doyhenard d’aller installer son comptoir ailleurs.

L’an 1923 voit enfin une solution à ce problème ; l’État octroie une subvention pour la construction de trois écoles à Mouguerre. Sans plus tarder, le maire Alfred Celhay engage les travaux dans les trois quartiers. Il est temps car le propriétaire de la location servant d’école au Port, exaspéré d’attendre sa libération, essaie d’expulser les occupants de sa maison. Il lui faudra attendre encore deux ans car l’école du Port n’ouvrira ses portes qu’en 1925.

En face de l’école, l’aubergiste Martin Doyhenard après avoir transféré son commerce à la maison Bigot (3) décide de voir plus grand et de construire une maison qui fera auberge-épicerie. Ce sera la maison Alegera aujourd’hui plus connue par le nom de son dernier exploitant, Etchebaster. S’il a conçu quelque amertume de l’obligation de quitter la maison Portou Berri, il ne sait pas encore que l’avenir lui réserve une belle et savoureuse revanche. En 1925, son épouse Mme Marthe Doyhenard demande le transfert de sa licence de débit de boissons à la maison Alegera nouvellement construite. Située à égale distance des deux salines et au cœur du quartier, elle est idéalement située. Cette auberge-épicerie et son fronton seront un des pôles du quartier du Port durant des décennies.

L’école du Port est enfin ouverte. Elle accueille les enfants des quelques fermes existant dans ce quartier, de Hegui-eder aux barthes de Caracar, et les nombreux enfants des familles nouvellement installées, attirées par les deux salines qui fonctionnent à plein régime. En effet à la première usine appelée Marcheville et Daguin s’est ajoutée à la fin de la première guerre, l’usine d’Études et des Produits Chimiques appelée aussi la Soudière. Le quartier du Port est en pleine expansion.

En 1938 l’école accueillera aussi des enfants venus de bien plus loin ; ce sont les enfants des réfugiés de la guerre d’Espagne. Non loin de là, le château de Naguile a été mis à la disposition de quelques familles espagnoles qui demandent que leurs enfants poursuivent leur scolarité au plus près ; ce sera à l’école du Port. L’école qui ne comptait qu’une classe va se voir rapidement saturée. Une cinquantaine d’enfants attendent une place. La municipalité aux abois n’a d’autre ressource que de demander à Jean Inigo, gendre de M. Doyhenard et tenancier d’Alegera de bien vouloir accueillir le trop plein d’élèves dans son établissement. Celui-ci accepte et met à la disposition des enfants la salle des banquets qui ne lui servait qu’occasionnellement. La commune se contentera seulement de construire des sanitaires adaptés aux tout petits.

M. Doyhenard décédé entre temps aurait bien ri s’il avait su la suite donnée à la mesure d’éloignement de son auberge de la maison Portou-Berri.

La municipalité connaît à nouveau les tourments du manque de moyens financiers alors que le sous-préfet s’indigne de la mesure prise : « cinquante enfants sont recueillis dans une salle d’auberge » et demande que l’on y mette un terme. La guerre qui s’annonce va mettre au second plan ce souci et faire oublier cette entorse à la loi.

Mme Simone Etchegoin, fille de l’aubergiste d’Alegera, devant la salle de classe

À la fin de la Guerre le budget de la commune permet moins que jamais de se lancer dans un projet de construction d’une nouvelle classe. Il faudra attendre 1949 pour que le chantier soit lancé au moyen d’un emprunt. Jusqu’à la fin des travaux, la salle des banquets de l’auberge Alegera servira de classe aux enfants de 3 à 5 ans qui attendront là l’âge d’intégrer l’école du Port. Bien des anciens du quartier se souviennent encore de leur première rentrée scolaire en l’auberge Alegera et de leurs vertes années passées dans la salle des banquets.

L’année 1950 voit enfin la réalisation de la deuxième classe à côté de la première et le regroupement de la totalité des élèves dans l’école que nous connaissons.

Par des adaptations successives des bâtiments existants, une troisième et quatrième salles de classe viendront s’ajouter en 1959 pour tenir compte de l’accroissement du nombre d’élèves. D’autres modifications suivront, comme la création d’une garderie.

En 1985 une classe maternelle sera installée dans un bâtiment préfabriqué, suite à un agrandissement de la cour. Ce qui ne devait être qu’une construction provisoire a toutefois la vie dure car aujourd’hui, en 2010, elle abrite toujours nos poussins.

Enfin l’entrée de l’école qui donnait directement sur la route départementale fut modifiée en 1990. Grâce à une passerelle qui franchit le ruisseau du Portou, l’accès ne donne plus sur les voies de circulation. Pour terminer, de l’effectif initial d’une école d’environ 40 élèves, l’école du Port accueille aujourd’hui 75 élèves dans ses deux bâtiments en dur et son élément préfabriqué.

Bernard Lavigne – Association Mouguerre Patrimoine

Nota :
(1) Lois Jules Ferry.
(2) Sur l’emplacement des Ets Colomès.
(3) Aujourd’hui bar-trinquet « chez Jackie ».

Photos de classe

 Ecole du Bourg en 1932

Ecole du Bourg en 1932

Ecole du Port en 1952

 

Ecole du Port en 1951

 
Ecole Publique Elizaberry en 1951

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