L’usine qui ne voulait pas mourir

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La Société d’études et des produits chimiques

Alors que la saline Marcheville et Daguin du Port de Mouguerre fonctionne depuis près de vingt ans, voici qu’un autre groupe industriel arrive dans la commune, porteur d’un nouveau projet. Cette entreprise a son siège à Varangeville, département de Meurthe-et-Moselle, ville connue pour ses salines et industries chimiques déjà évoquée dans les pages précédentes. La 1ere guerre mondiale qui durait depuis quatre ans avait sans doute ravagé les installations, interdisant aussi toute activité dans cette zone sous contrôle allemand.

Le 1er septembre 1918, M. Fourquet représentant la Société d’études et des produits chimiques obtient l’autorisation de construire une usine dans le même quartier du Port, dans la zone des Barthes, sur des terrains cédés par la société Marcheville et Daguin (1).

L’objectif est de produire de la soude à partir de la pierre calcaire locale et de l’eau salée obtenue par dissolution du sel gemme abondant dans le sous-sol de la région.

La soude ou carbonate de sodium.

Suivons son procédé de fabrication. Nous le connaissons grâce à Jean de la Nive, historien local qui dans sa monographie de 1934 nous dit ceci : « Les eaux salées amenées des puits d’Urcuit, mélangées à la chaux vive produisent sous pression des cristaux de soude ». Ainsi nous savons que la fabrication de soude nécessitait de l’eau salée et du calcaire transformé en chaux vive après passage au four.

L’eau salée était acheminée par une conduite en fonte de 150 mm qui suivait la route départementale de Bayonne à Urcuit. Les premiers puits utilisés furent ceux de Briscous- Saline, puis ceux de la commune d’Urcuit.
La pierre calcaire est extraite dans un premier temps d’un lieu tout proche, la colline d’Idarbide, à 500 mètres au sud de l’usine. Voilà que la population du voisinage s’émeut devant les travaux de terrassement craignant pour la pérennité de ses sources d’eau potable (2).

N’oublions pas qu’à cette époque la commune n’est pas alimentée en eau potable et dépend entièrement de ses sources et fontaines. Devant cette opposition et peut-être aussi à cause d’une ressource insuffiante, la direction de l’usine a recours à de la pierre provenant de la commune de Guiche. Cette pierre qui est chargée sur des gabarres « halées par des hommes » nous conte Jean Courtade, suit le cours de l’Adour qui borde l’usine. Pour une raison inconnue, Guiche est abandonnée au profi d’Arudy, commune à mi-chemin entre Pau et Oloron. La société des produits chimiques emploiera là quelques dizaines d’ouvriers carriers chargés d’extraire ce minerai. La pierre chargée sur des wagons parvient directement dans l’usine par voie ferrée.

L’usage auquel était destiné cette soude et sa destination finale géographique ne nous sont pas connus ; nous savons qu’elle entre dans la fabrication du verre et des produits de nettoyage. Elle entre aussi dans d’autres compositions.

Le carbonate de sodium et le sel

Pour produire la vapeur nécessaire à la fabrication de la soude, l’usine a aussi besoin d’eau douce. L’Adour voisine ne peut la fournir de façon régulière, la mer remontant bien au-delà à marée haute. L’étang au nom poétique de Escouteplouye (écoute la pluie) y pourvoie grâce à une conduite de fonte posée par l’entreprise Vispaly. (Voir le récit de Jean Courtade de Mouguerre Bourg au Port).

À une époque indéterminée, l’usine diversifie sa production. Elle continue sa production de cristaux de soude mais ajoute un autre volet à son activité. De la saumure, elle extrait le sel comme sa voisine, l’usine Marcheville et Daguin. Vincent Polito, entré à l’usine vers 1943 pour y travailler plus de 40 ans a connu ces deux activités. Il se souvient du secret entourant ces fabrications qui fait que nous n’avons pas de photos de l’usine ni de sa vie. Les deux productions menées dans deux zones bien distinctes cohabitent quelques années jusqu’à ce que la fabrication de carbonate de soude s’effondre.


Xylamon

Allait-on devoir licencier le personnel inemployé ? Une autre solution est proposée ; la fabrication d’un produit servant à protéger ou traiter le bois d’œuvre contre les insectes xylophages. Ce sera le Xylamon. Sa préparation est relativement simple ; dans une base de gazole très ordinaire, il est ajouté une substance chimique mortelle pour les insectes se nourrissant de cellulose.

Il est bien évident que là encore les deux fabrications, l’une alimentaire et l’autre insecticide sont soigneusement séparées. La fabrication du Xylamon dure une quinzaine d’années puis cesse vers les années 1990. Ne restera alors que la fabrication du sel accompagnée bien sûr d’une réduction sévère du personnel.

Le sel de Bayonne (Solvay et Cérébos)

Vers l’an 1990, dans une usine devenue trop grande, ne subsiste plus que la fabrication du sel ; des sels devrions-nous dire car il a des utilisations distinctes :
– du gros sel destiné à la salaison du jambon, obligation imposée par la commission ayant accordé l’I.G.P. au jambon de Bayonne ;
– du sel de table ou de cuisine pour la consommation courante ;
– du sel présenté en pastille, à usage industriel et médical.

Du gros effectif de la création, ne reste qu’une soixantaine d’ouvriers qui redoutent la fermeture de l’usine. Celle-ci intervient en 2010 avec le licenciement de l’ensemble du personnel.

Qu’est devenue la société d’études et des produits chimiques des débuts ?

La société à l’origine du projet vend à une date non connue tout ou partie de ses actions, on le sait, à la société Solvay, puissante société de chimie de Belgique, qui à son tour passe le relais à la multinationale Cérébos jusqu’à la cessation d’activité.

Conclusion

Les différents changements de production attestent une volonté farouche de la société de maintenir l’emploi, celui-ci primant sur le profit. Aux dires du dernier directeur de la saline M. Colombet, c’était une attitude courante dans la région de l’Est d’où provenait la première direction d’usine.

La concurrence, la pression des actionnaires et les méthodes modernes de gestion ont eu raison de cette attitude. En 2010 les quelque soixante derniers ouvriers reçoivent leur lettre de licenciement au prétexte que la fabrique travaillait à pertes. Parmi ces exclus, Vicente Etchave, Bernard Laporte, Roger Poigt et Jean-Claude Duhau et bien d’autres doivent se reconvertir en pleine période de crise de l’emploi. Aujourd’hui l’usine de la société d’études et des produits chimiques n’est plus qu’un lieu désert et silencieux.

Nota :
(1) Autorisation de construire l’usine, archivée à la mairie.
(2) Registre des délibérations du conseil municipal, séance du 25-06-1925.
(3) et (5) Ibusty, terre de rugby, ouvrage de Xango Hiriberry.
(4) La chapelle Saint-Joseph du Port, même ouvrage.

Une entreprise locale : Compo-Méca

La linotypie (témoignage de Solange Ragonnet)

Jean LANGOT, d’origine bordelaise s’est installé comme linotypiste à la croix de Mouguerre. Il a travaillé chez différents imprimeurs à Bayonne, et avait appris ensuite son métier à son cousin, Christian Langot qui avait été embauché en qualité d’apprenti.

Puis Jean Langot a créé sa propre entreprise, en 1960 dans un petit bâtiment construit en face de chez son oncle, Léon Langot. Il y a installé une linotype qui est une très grosse machine, comprenant un four en fusion à 380° pour fondre le plomb, un clavier grâce auquel sortaient des lettres de plomb qui servaient ensuite à former des lignes avec des mots qui étaient reportés sur du papier, suivant les méthodes d’impression de cette époque (ci-joint photo).

Son cousin, Christian Langot s’installa avec lui avec sa propre linotype, dans le sous-sol de la maison de ses parents. Il embaucha 2 ouvriers, dont un Mouguertar, Daniel Landart, écrivain basque à ses heures. Peu à peu, la vieille linotype a été remplacée par des méthodes modernes de plus en plus performantes (PAO).

Compo-Méca qui signifiait à l’origine « composition mécanique » est restée la raison sociale que l’on connaît aujourd’hui, avec l’évolution ultra rapide de cette profession qui a demandé de sérieuses formations du personnel, un matériel et des logiciels ultra performants, puis la recherche d’une nouvelle clientèle qui avait aussi évolué.

Compo-Méca est devenue une entreprise stable, continuant à devoir s’adapter aux nouvelles techniques qui ne cessent d’évoluer avec un personnel performant.

     
La linotype,
machine fabriquée en Amérique
 Clavier spécial linotype  Paragraphe d’un journal

 Extrait du Guide Patrimonial, édité par l’association Mouguerre Patrimoine et Culture

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