L’école, de notre temps

le

Dans les petits villages, on commençait l’école vers six ou sept ans. En principe on arrêtait l’école vers 14 ans après le certificat d’études. Robert, lui, n’a pas passé le certificat d’études : « je suis parti domestique à 12 ans chez Mgr Saint-Pierre à Saint-Pierre d’Irube ». Gracie avait une amie qui était intelligente et qui travaillait très bien. Le maître aurait voulu qu’elle continue au moins jusqu’au brevet, mais ses parents n’ont pas voulu et elle est partie travailler en usine. Janine et Marthe se souviennent : « moi, j’ai arrêté l’école à 23 ans » « et moi aussi d’ailleurs nous étions assistantes sociales, il a fallu d’abord passer le bac puis faire la préparation… »

Photo : Écomusée des Écoles publiques de Lille, 4 rue Frédéric Mottez, 5900 Lille

La rentrée se faisait début octobre et les grandes vacances commençaient le 14 juillet. Les vacances, pendant l’année scolaire, étaient les mêmes que maintenant : Toussaint, Noël, carnaval, Pâques, mais elles duraient moins longtemps, elles ne duraient qu’une semaine.

On allait à l’école à pied, avec une voisine. Nous, un voisin nous amenait avec d’autres dans une calèche tirée par un cheval. On avait des sabots ou des galoches et tous les hivers, on enlevait le dessous et on refaisait une semelle avec un vieux pneu. Et quand il pleuvait on portait  des pèlerines avec des capuches. Gracie se rappelle : « À l’école de Chéraute il y avait une famille qui habitait assez loin, ils avaient 5 km à faire et ils venaient à pied. Le matin en arrivant ils laissaient leur gamelle chez nous et à midi, maman et mémé faisaient la soupe, leur réchauffaient la gamelle et nous mangions tous ensemble. Ils venaient tous les jours à pied sauf le lundi. Ils avaient un voisin qui tous les lundis faisait la distribution de Vichy Etat, vous savez les vieux camions bleus et blancs… et avec les enfants des voisins, ça faisait toujours cinq ou six enfants que l’on mettait sur le camion. Mais le soir il fallait remonter à pied ! »

L’école commençait à 8h30. On se mettait en rang et on rentrait en chantant des chansons que nous apprenions à l’école. La journée débutait toujours de la même façon, par la leçon de morale. Parfois, une phrase était écrite au tableau, et le maître, ou la maîtresse, nous l’expliquait. Par exemple « bien mal acquis ne profite jamais ». D’autre fois, l’instituteur disait « aujourd’hui, Monsieur Untel a donné 50 Fr. pour le goûter ». Et nous devions écrire des remerciements au monsieur qui avait fait le don. Il arrivait aussi, que le maître nous regarde les ongles et les oreilles pour voir si nous étions propres. On n’avait pas toujours des lunettes adaptées, comme maintenant. Il fallait que le maître soit très observateur pour remarquer les élèves qui ne voyaient pas bien. Alors il les changeait de place ou déplaçait le tableau. On ne choisissait pas nos places à l’école. C’était par cours. Cours élémentaire, cours moyen première année, deuxième année, et cour supérieur. Nous, à Celhay, nous étions une quinzaine. La journée d’école finissait vers 16h30.

Le choix entre école libre et école laïque se faisait très simplement : les enfants des familles riches allaient toujours à l’école libre et les autres à l’école laïque. Laurent se souvient qu’il était très croyant et que, pourtant, il a toujours été à l’école laïque. Dans les petits villages, où il n’y avait qu’une seule école, c’était toujours l’école laïque. Au début, il y avait école des filles et école des garçons. Puis ça s’est mélangé. À l’école nous portions des tabliers. Ils étaient noirs bordés de rouge ou à carreaux. Dès que nous rentrions à la maison nous les enlevions pour ne pas les salir. Certaines familles nombreuses parmi les plus pauvres, étaient aidées par le prix Nestlé. C’était une sorte d’allocation attribuée par la firme Nestlé. Nous avions des cartables, sauf les plus pauvres, qui avaient des gibecières en toile, faites par leurs parents. Dans le cartable, il y avait le plumier, l’ardoise, un cahier de brouillon, des buvards, un chiffon, une éponge.


Ardoise et crayons d’ardoise 
 
Plumier


Le premier jour de l’école il fallait couvrir les livres et les cahiers avec du papier, c’était du papier bleu. Sur la dernière page des cahiers, il y avait les conjugaisons des verbes, ou des tables de multiplications. L’écriture, c’était difficile, il fallait écrire bien droit. Nous avions des plumes. Il y avait un trou dans la table, avec un encrier pour deux élèves. Pour la décoration, nous faisions des napperons avec une feuille de papier et des ciseaux, est un trou au milieu pour l’encrier. Et c’était à celui qui aurait le plus joli. Certains les faisaient avec le papier argenté des bonbons !

On avait des devoirs à faire le soir, des conjugaisons, des opérations ou parfois, la veille d’une dictée, des mots à savoir par cœur… Le maître grondait ceux qui « n’avait pas eu le temps », vous comprenez, certains devaient garder les moutons en rentrant… Les matières que nous étudiions c’était le calcul, l’orthographe, l’histoire, la géographie et les sciences. Il fallait tout savoir par cœur.

Tous les mois, on avait le cahier mensuel. C’était comme un petit examen : calcul, dictée, et surtout les questions de la dictée, pour voir si on avait compris, et si on savait faire les accords. Nous devions aussi faire une rédaction. Par exemple, sur les saisons, la ferme… Le lendemain, quand le maître rendait le cahier mensuel, les appréciations allaient de très bien, bien, assez bien, moyen, passable, médiocre, mal, et très mal. Et ce cahier devait être signé par les parents !

Bonnet d’âne
(Écomusée des Écoles publiques de Lille, 4 rue Frédéric Mottez, 5900 Lille)

Quand on avait mal travaillé ou qu’on s’était montré indisciplinés, le maître nous punissait : il y avait le bonnet d’âne que l’on devait mettre pour partir au coin. Il y avait aussi des phrases à recopier ou des verbes à conjuguer. Quand c’était plus grave, il arrivait qu’on nous tape sur les doigts avec une règle, certains maîtres tiraient les oreilles ou les petits cheveux à côté des oreilles. Laurent se souvient avoir eu beaucoup de punitions « parce que je jouais à la pelote et je jouais mieux que l’instituteur, Monsieur Verdun. Je le battais tout le temps alors il était fâché après moi et j’étais toujours puni. Je peux vous dire que j’en ai fait des conjugaisons ! Plus tard, quand j’ai été au conseil municipal, et qu’on a construit l’école laïque, j’ai tenu à ce que on appelle l’école du nom de Monsieur Verdun parce que, malgré tout, je l’aimais beaucoup. »

Comme il était interdit de parler basque à l’école, ceux qui se faisait prendre étaient punis : on leur donnait « le témoin ». C’était un bâton que l’on devait garder jusqu’à ce que quelqu’un d’autre soit pris en train de parler basque. Le témoin, on l’appelait aussi l’anti basque.

Parfois, nous avions la visite de l’Inspecteur d’Académie. Il faisait peur aux maîtres, et du coup, à nous aussi. Quand il nous interrogeait nous répondions toujours le mieux possible.

À la récréation, on jouait à colin-maillard, au paraclic (la marelle), à saute-mouton, à la corde à sauter, à la ronde. Il y avait aussi le furet : assis en rond, nous tenions une corde dans nos mains et sur cette corde il y avait un nœud. On faisait passer la corde en chantant « Il court, il court le furet » quand la chanson était finie, celui qui avait le nœud dans les mains avait perdu. Soit on sortait, soit on avait un gage. On jouait aussi à la balle au chasseur, au loup : « loup y es-tu, m’entends-tu, me vois-tu ? » Les garçons jouaient à la pelote, aux osselets ou aux billes, les caniques, les agathes, les cristalles. Quand la recréation était finie, le maître tapait dans ses mains, et nous rentrions en classe en rangs.

On faisait aussi des travaux manuels, de la couture (le point de croix, le point d’aubépine…). On avait une heure de sport par semaine où nous faisions de la course, du saut en hauteur, en longueur, et le lancer du poids… On apprenait aussi beaucoup de poésie : « Le corbeau et le renard », « La cigale et la fourmi », « Perette et le pot au lait », « Pâle étoile du soir »… Il fallait aussi apprendre des chants pour le certificat : « j’aime le son du cor le soir au fond des bois », « la victoire en chantant », et « la marseillaise » parce que c’était en 39. « En 40 les Allemands avaient occupé l’école, et nous faisions classe dans l’appartement de l’institutrice » se souvient Gracie.

Pour le certificat d’études, tous les enfants du canton venaient dans la même école. On était très surveillés, pire que pour le bac maintenant. Imaginez, tous les instituteurs du canton étaient là. Dès qu’on avait fini on pouvait sortir dans la cour de récréation. Les résultats étaient donnés le jour même, en fin d’après-midi. On se réunissait sous le préau et là, l’inspecteur appelait ceux qui étaient reçus. C’était aussi sérieux que le bac maintenant. Comme épreuve il y avait mathématiques (un problème), dictée (et surtout les questions de la dictée), rédaction, histoire, géographie et sciences. L’après-midi, il y avait sport et aussi une épreuve de chant.

Gracie se souvient d’une chanson qui lui faisait toujours penser aux lavandières qu’elle voyait en passant près du ruisseau : « toute la semaine, dès lundi matin, moi je me démène, comme un vrai lutin, par ces chemins champêtres, tout le long du jour, je vais de chez mes maîtres, à la basse-cour. File Catherine, file cher poulain, coiffé de farine, cours jusqu’au moulin. Prends ta grosse aiguille, et reprise encore, de tout ce qui brille, fais nous en de l’or. »

EHPAD Larrazkena – Hasparren

Catherine, Jeanine, Elise, Marthe, Françoise, Robert, Ursule, Laurent, Gracie, Yvonne, Janine

[Total: 1 Moyenne: 4]

Thèmes associés au témoignage:



Témoignages similaires:



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *