Faire face

Dans le courant de ma huitième année, je passe mes vacances dans une ferme à l’occasion des vendanges. Un jour vers treize heures, tous les vendangeurs sont réunis pour le repas. Le vin vient à manquer, la maîtresse de maison me charge d’aller remplir la grande bouteille dite ‘la Marie-Jeanne’. Je me précipite, fier de la confiance que l’on m’accorde. J’ignore alors que la ferme possède un magnifique chai. Par contre, j’ai remarqué la veille en jouant dans la grange une importante barrique, je suppose que le vin doit être tiré de là.

 

Parvenu près de celle-ci, je constate avec surprise qu’elle n’est pas équipée d’un robinet, mais seulement d’une grande bonde. Cela me paraît bizarre.     .. Mais c’est la première fois de ma vie que je tire du vin. Et de plus je ne connais que cette barrique.

Au même instant, j’entends la maîtresse de la maison qui s’impatiente. Je n’ai plus d’hésitation. Je saisis un marteau à proximité et je frappe latéralement la bonde pour la faire sortir, tout en présentant naïvement ma bouteille en dessous de celle-ci.

Aussitôt je réalise que je viens de déclencher une catastrophe. Renversé par le jet, couché à même le sol, j’ai la présence d’esprit de présenter la bonde sur l’orifice du fût pour diminuer le débit à défaut de le supprimer. Pressant de toutes mes forces je le réduis à quelques filets, en m’arrosant copieusement. Je suis très inquiet pour la suite. J’espère que d’un instant à l’autre, devant mon absence, ces braves gens vont venir me porter secours. En attendant il faut que je tienne, coûte que coûte, sans lâcher prise.

Enfin la meute des vignerons arrive à ma rescousse. Je cède sans regret la bonde fatale qui reprend enfin sa place. Je suis penaud, trempé de la tête au pied. Je pense que le verdict sera certainement une belle réprimande.

A ma grande surprise, je reçois un bouquet de félicitations pour avoir su à mon âge conserver mon sang froid en faisant face. Grâce à ma présence d’esprit la perte ne sera que d’une vingtaine de litres au lieu du contenu total si j’avais cédé à la panique. Il s’agissait d’un ‘Muid’ de 268 litres de vin. Je précise que le vin était un ‘Madiran 1937’.

Sur le champ j’ai droit à une visite du fameux chai dont j’ignorais l’existence, comprenant de nombreux tonneaux tous équipés de robinets.

Malgré une sérieuse toilette j’ai gardé sur moi pendant plusieurs jours une forte odeur de ‘vinasse.’ Mais je suis fier et heureux d’avoir su, après une faute stupide, éviter la capitulation et la panique.

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