Défense d’enfance en France

Mardi 15 mars, mon père né en 1947 de parents arméniens chassés pendant le génocide est venu raconter ses souvenirs d’enfance au collège.

 « Les Arméniens de l’empire ottoman ont été pour la plupart massacrés, et puis il y en a quelques uns qui ont sauvé leur vie de manière assez hasardeuse et en particulier mon père, qui a eu la chance d’avoir quatorze ans au moment des massacres, car à 14 ans on ne tuait pas les enfants, on les déportait et s’il avait eu 15 ans on l’aurait tué. Il est dont parti tout seul, sans sa famille vers la Grèce. Mais lorsqu’il a su que ses frères et sœurs venaient en France, il a décidé de les rejoindre en 1927. Et c’est là-bas qu’il a eu mon frère et ma sœur, beaucoup plus âgés que moi.

 Je suis né en 1947. J’avais donc un frère de 11 ans et une sœur qui va se marier un an plus tard que je ne vais pratiquement pas connaître, et pendant un an, nous vivions à 5 dans 8 mètres carrés. Mon frère, quant à lui, travaillait à la maison vu qu’il était culottier. Alors une grande place était prise par sa table, sur laquelle d’ailleurs il dormait. Moi j’avais un petit lit et mes parents se servaient de caisses d’oranges pour dormir. Je me souviens aussi, que lorsque j’avais 5 ou 6 ans, mes parents me disaient : « Surtout ne te fais pas remarquer, tu n’es pas chez toi. On nous a chassés de chez nous et ont ne sait pas où aller. » Alors je leur disais : « Mais il y a bien un pays qui s’appelle Arménie ? »Ils me répondaient que non, que ça n’existait pas.

 

C’est à 6 ans que je commençai à aller à l’école pour apprendre le français que ni ma mère ni mon père ne savaient parler, vu qu’ils ne connaissaient que l’arménien et le turc. Quand il y avait des papiers à remplir à la maison ou quand il fallait discuter avec une administration, on prenait le petit bonhomme de 5 ans et on lui disait de se débrouiller. C’est à ce moment là que je me suis trouvé dans les guichets de la sécurité sociale, le jeudi quand je n’avais pas école, pour aller régler les problèmes de papiers de mes parents !

 

J’avais aussi, un père très âgé et très malade et une mère seule vu que mon frère, à ce moment là, était parti pour la guerre d’Algérie.

Pour gagner un peu d’argent, en rentrant de l’école, j’aidais ma mère, à l’époque couturière. Je voyais un sac arriver, rempli de gilets sur lesquelles il fallait coudre des boutons. Mais n’ayant pas l’électricité, on attendait que la lumière des lampadaires de la rue s’allume pour pourvoir travailler.

 

Mais quand j’avais 11 ans, ma mère commença à être malade. A la fin du premier trimestre, je partis la voir, tout fier, et je lui annonçai que j’étais le premier de la classe. Ce fut la seule fois où je l’ai vue avoir un sourire et un mot gentil à mon égard. Le lendemain, elle décéda d’un cancer.

 

Peu de temps après, mon frère revenu de la guerre, m’aida à poursuivre et à finir mes études. »

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